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[Enquête] Les dé-connectés, ces derniers irréductibles gaulois

les anti-connectés

Là où les adeptes 2.0 ne tarissent pas d’éloges sur les avantages qu’offrent un univers toujours plus connecté, d’autres se montrent complètement réfractaires aux nouvelles technologies et mettent un point d’honneur à vivre en dehors de toute connectivité. On les appelle les « révoltés du numérique », les anti ou les « déconnectés volontaires ». Alors, quelles sont leurs raisons de vivre déconnectés? Qui sont-ils et dans quelle mesure vivent-ils « dé-connectés » ?

Ceux qui se déconnectent… l’espace d’un instant

digital détox

Souvenez-vous, c’était il y a à peine deux mois : nous avions la chance d’interroger Pierre-Olivier Labbé, le journaliste à l’origine du reportage « Digital Detox : Les conseils pour apprendre à se déconnecter« , quelques heures avant la diffusion de son reportage sur Canal+. Le journaliste incarnait alors l’homme digital par excellence, piégé entre ses différents appareils connectés, et incapable de vivre sans son smartphone -entre autres- : tout l’enjeu de son reportage était alors d’avoir abandonné volontairement tout son univers connecté pendant 3 mois afin de prouver que même en 2015, la déconnexion était encore possible. Pari tenu, et expérience réussie, puisqu’après 90 jours sans appareils connectés, le  journaliste rapportait même dans ses bagages, quelques conseils glanés ici et là, destinés à lui permettre de mieux contrôler son hyper-connectivité et surtout son syndrome de FOMO (Fear Of Missing Out) ou « Peur de rater quelque chose »; peur qui nous étreint plus souvent qu’on ne croit dans nos sociétés 3.0.

Au cours de son reportage, le journaliste était notamment parti à la recherche de ces centres de « désintoxication » à la connexion, qui fleurissent aux États-Unis : ces structures qui accompagnent ceux qui souhaitent profiter de quelques heures ou jours entiers de déconnexion, reléguant ordinateurs et téléphones au vestiaire le temps de ce qui s’apparente à un « sevrage » technologique. Il a également eu la chance de voir ces camps hippie « Unplugged« , conçus pour redonner aux gens le goût de la vie « sans » connexion. L’un des constats faits par le journaliste à la fin de son enquête est que la déconnexion est en train de devenir un luxe : quand on voit par exemple aujourd’hui que des hôtels de luxe (c’est le cas d’un célèbre hôtel Place Vendôme) proposent des chambres sans aucune possibilité de se connecter… À des prix plus élevés que pour une chambre classique!

Les unplugged camps, des solutions pour se déconnecter ?

Une véritable quête de la déconnexion qui semble donner raison (s’il s’agit d’avoir raison ou tort) à nos derniers récalcitrants, qui rejettent toutes formes de connectivité. Sans compter toutes ces autres initiatives – on peut notamment prendre l’exemple de la journée mondiale sans internet ou encore de la journée mondiale sans téléphone, qui ont toutes deux été instaurées il y a moins d’une dizaine d’années – et qui visent à encadrer l’hyper-connectivité, voir à « tirer la sonnette d’alarme ». Oui,mais contre quoi ?

Les peurs liées à la connexion

Psychose
Les peurs liées à l’hyper-connectivité sont nombreuses .

Leurs arguments sont de taille pour refuser la vie hypra-connectée qui est la nôtre, ou en tous cas tenter de la limiter. À commencer par le fait qu’il soit désormais si difficile de trouver encore des instants de déconnexion totale dans nos vies au rythme de plus en plus effréné . Une récente étude (menée par l’Institut National du Sommeil et de la Vigilance) a en effet montré que les nouvelles technologies perturbaient notre sommeil, et que nous avions notamment perdu une heure de sommeil en moyenne au cours de ces 50 dernières années.

cyprien
Le Youtuber Cyprien, technophobe ?

Les « déconnectés » ont été l’objet de l’étude « Devotic« , menée par le sociologue Francis Jauréguiberry, qui s’est tenue entre 2010 et 2014, et qui se fixait pour mission de répondre à la question suivante : « Qui se déconnecte volontairement des technologies de communication, pourquoi et comment?« . Les résultats de l’étude ont notamment permis de consigner quelles étaient les peurs liées à la connectivité, en effet : « (…) si ces technologies sont (…) synonymes d’immédiateté, de sécurité, d’ouverture et d’évasion, elles le sont aussi d’informations non désirées, d’appels intempestifs, de surcharge de travail, de confusion entre urgence et importance, de nouvelles addictions, de contrôles et de surveillances non autorisés. » Peur du contrôle, d’un Big Brother veillant sur le moindre de nos faits et gestes « connectés », rejet de cette impression de ne jamais « débrancher », et d’être entourés d’outils invasifs et chronophages.  C’est pourquoi les déconnexions temporaires se multiplient, à commencer chez ceux là-mêmes qui ont les premiers « sauté le pas » de l’hyperconnexion, à savoir les hyper-connectés de la Silicon Valley. En effet depuis quelques années, les stages « off-lines » se multiplient, prônant des diètes numériques plus ou moins longues. Un comble !

étude dévotic

Au final, l’étude Devotic a démontré que si les Français manifestaient de plus en plus l’envie de mieux maitriser leurs temps de connexion (voir de réussir à complètement se déconnecter de temps en temps), les « déconnexions totales de plusieurs jours » restaient malgré tout extrêmement rares, notre environnement étant empli d’objets connectés devenus « essentiels » à notre quotidien, pour des raisons pratiques et sociétales. Trouver son chemin, être en mesure de signaler rapidement une situation dangereuse ou encore prévenir nos proches de notre localisation, sont autant d’éléments qui nous sont permis par les nouvelles technologies, et dont nous avons aujourd’hui bien du mal à nous passer. À nous dès lors, de mettre les limites de nos consommations individuelles de connexion, lorsqu’elles nous semblent aliénantes.

Connectés vs Dé-connectés : quand le dialogue tourne mal

dispute

En 2015, nous possédons d’ores et déjà en moyenne plus de 2 objets connectés par personne. Et, au vu des technologies et objets high tech qui sont de plus en plus époustouflants (et ressemblent à s’y méprendre au gadgets imaginés pour des films d’espions), ou oublie bien souvent que nous sommes (presque) tous connectés en permanence, et cela grâce à deux appareils qui hantent notre quotidien : notre téléphone portable et notre ordinateur. En effet ! Pas besoin d’être le premier à posséder la dernière Apple Watch pour être connecté ! Nous le sommes tous, de plus en plus, que cela soit dans le cadre professionnel ou personnel.

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Mais parmi ces connectés il y a ceux qui assument leurs connectivités et qui rient franchement de leurs petites addictions à certains appareils connectés (Norman-fait-des-vidéos est parfait dans ce rôle-là), et dont le but est parfois de nous envoyer quelques signaux d’alarme sur nos usages, sans pour autant sortir les armes. De l’autre il y a (non pas ces « autres ») mais ces autres « moments » où le dialogue entre connectés et déconnectés (ou « moins connectés ») a beaucoup plus de mal à passer. C’est l’exemple de cette agression de février dernier à San Francisco, qui avait fait grand bruit à l’époque : une femme arborant des Google Glasses dans un bar avait été quelque peu bousculée et chahutée après avoir expliqué les capacités de ces lunettes… Avant de finalement se les faire dérober ! En effet quelques clients du bar, comprenant que les lunettes pouvaient enregistrer et filmer des vidéos, s’étaient tout à coup montrés très hostiles envers la victime, tels que le rapportent nos confrères de TheVerge.

Dé-connectés, des chiffres et des addictions

« Addiction », le terme est lancé. Et est à peine exagéré quand on sait que les utilisateurs de smartphones regardent leurs appareils mobiles en moyenne 150 fois par jour. Impensable de penser lors de leurs commercialisations il y a une quinzaine d’années, à quelle vitesse les téléphones portables allaient avoir un tel impact quotidien sur nos vies. La reconnaissance de cette addiction est aussi le travail de ces psychologues spécialistes des addictions au numérique, qui fleurissent sur la toile et distillent conseils et travaux de recherche afin de sensibiliser les internautes aux dangers potentiels que peut représenter une hyper-connectivité au quotidien.

les anti-connectés

Selon une étude TNS Sofres sur « L’évolution du monde du numérique entre 2011et 2014« , le numérique et la connectivité de manière générale seraient de plus en plus présents dans la vie quotidienne des Français. Une évolution qui n’est pas sans aller avec un changement des « représentations » de cet usage, selon l’institut de sondage français, qui montre que les nouveaux moyens de connexion ont redessiné les contours des sociétés d’aujourd’hui.  Mais l’étude révèle également que certains d’entre nous restent en marge de cette évolution : ce sont les « déconnectés », 20% de la population française selon l’institut (là où ils étaient seulement 10% en 2011, selon TNS Sofres), qui les définit comme n’identifiant pas « les innovations numériques dans leurs vies » et ne comprenant pas « de quoi il s’agit ».  L’étude a également permis de répertorié 3 autres types de comportements face au numérique : ainsi on retrouve aussi les « distants » (17%), les « usagers » (29%), et pour finir l’homo numericus (34%). Toujours selon la même étude, 15% des Français pensent que les nouvelles technologies ont porté « plus de mal que de bien ».

addiction

D’un côté on souhaite mieux informer ceux qui refusent ou redoutent la connectivité… et de l’autre certains cherchent à faire reconnaitre l’addiction au numérique comme une pathologie à prendre très au sérieux. C’est le cas de ces professeurs et chercheurs de l’université de Nantes qui, en partenariat avec le CHU de la ville, ont lancé en décembre dernier le premier MOOC (Massive Open Online Course ) sur l’addiction au numérique. Le but ? Apporter de premiers éléments de réponses sur la mince frontière qui sépare un usage quelque peu excessif des objets connectés et une véritable addiction au numérique; mais aussi débattre du bon usage d’internet et des objets connectés dans nos vies.

Aujourd’hui les « révoltés du numérique« , restent un nombre conséquent. 10% selon un sondage TNS-Sofres, à ne pas « identifier les révolutions numériques », voir à y être hostiles. Bien souvent, il n’ont pas de portable, ne veulent pas Internet et rejettent en masse tout ce qui leur apparait comme étant « connecté », revendiquant une plus grande liberté et un rejet du « contrôle » dans lequel on tente de nous enfermer. Une partie de la population qui, selon les sondages TNS-Sofres, serait « plus âgée« , d’origine modeste, et vivant la plupart du temps dans des communes rurales isolées. Difficile dès lors de quantifier leur nombre avec précision, mais une chose est sûre : ils existent ! Et les études tendent à prouver qu’outre leurs peurs liées à la connexion, les raisons de ce choix de vie seraient également « financières » : les « déconnectés » sondés étant conscient de l’importance de la connexion dans nos vies, et la voyant même souvent comme une chance ! Et si au-delà, finalement, la déconnexion restait tout simplement une question de « moyens » ?