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De l’objet connecté au transhumanisme

Une affluence des capteurs sur le marché laisse envisager une prochaine connexion du corps humain. Mais à supposer que nous soyons un jour des cyborgs, quand est-il des risques de piratage ?

Les capteurs envahissent le marché

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Dans un rapport de 2013, McKinsey Global Institute, il est énoncé  que le secteur de la santé portera seul entre un tiers et la moitié de l’impact économique annuel mondial de l’internet des objets en 2025 (de 2700 à 6200 milliards de dollars par an soit de 2200 à 5000 milliards d’euros).

Alors que les technologies de mesure et d’analyse du corps existent depuis une trentaine d’années et les puces RFID depuis cinquante ans, pourquoi la notion de corps connecté n’apparaît-elle que maintenant ?

Tout d’abord parce que seule l’arrivée des nouvelles technologies a permis de rendre accessible les données recueillies. Chaque génération de smartphone embarque de nouveaux types de capteurs.

Le Samsung Galaxy S4 contenait en plus des deux caméras et des micros, 8 capteurs :

  • gyroscope (qui mesure les rotations dans l’espace du téléphone)
  • accéléromètre (qui mesures ces mouvements)
  • compas
  • détecteur de proximité
  • détecteur de mouvement
  • détecteur de lumière
  • thermomètre (qui fait aussi pluviomètre)
  • baromètre

Il est également estimé que 17 millions de bracelets connectés et de montres intelligentes seront vendus en 2014. Enfin le marché des capteurs intégrés et des processeurs devrait passer de moins de 100 millions d’unités aujourd’hui à 2800 milliards avant 2020.

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Enfin l’essor du Cloud computing, permet le stockage illimité des données et favorise donc ce mouvement. Les capteurs vont donc se multiplier autour de nous et mesurer chaque activité de nos journées.

Les risques de piratage

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Un projet nommé « PlaceRaider » d’une équipe de recherche américaine a développé le concept d’attaque de nos objets connectés.  Leur outil se dissimule dans une application pour smartphone et utilise  les failles de nos téléphones pour récupérer des clichés issus de notre caméra et reconstituer grâce aux différents capteurs une vision en 3D du lieu où nous nous trouvons. Des scénarios d’attaque similaires sont imaginables dès qu’un objet du quotidien devient connecté, quelle information rassurante lorsque l’on est à l’heure du corps connecté.

Loin d’effrayer tout le monde, il est envisagé avec la miniaturisation des capteurs, de les intégrer à certains composants dans la personne. Anders Colding-Jorgensen, professeur de psychologie à l’Université de Copenhague, pronostique ainsi qu’ “avant 2022, vous et moi mettront à jour les données concernant nos fonctions corporelles aussi régulièrement que nous mettons à jour nos statuts Facebook”. Les bio-hackeurs n’ont qu’à bien se préparer…

Aujourd’hui tout ou presque est mis en place pour protéger nos données, un arsenal juridique permet notre protection, pourtant, les données personnelles sont largement et abusivement exploitées.

Comment alors créer une nouvelle dynamique redonnant un rôle non seulement central

mais aussi actif aux individus dans la gestion de leurs données de santé ? Une technique a été envisagée, celle du “Blue button” qui permettrait aux utilisateurs de télécharger en un clic toutes leurs données de santé. Cela prévoit-il les risques accrus de piratage, rien n’est moins sûr…

Vers le transhumanisme

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“La démocratisation du « bricolage du vivant » devrait débuter en 2015. À partir de cette date, nous pourrions commencer à augmenter nos capacités, à remplacer nos pièces défectueuses par des implants ou par des prothèses, à nous greffer des électrodes dans le corps, à modifier notre ADN… Bref, ce sera le début de l’ère de l’amélioration.” énonce Laurent Alexandre, PDG de DNAVision, co-fondateur de Doctissimo

Plus aucune limite, les progrès technologiques sont en proie d’améliorer le corps humain, d’augmenter ses capacités, de s’affranchir des limites du corps et de la biologie, à quand l’immortalité ?

Pour l’instant les capteurs restent externes au corps mais pour combien de temps encore ? Les objets connectés sont des extensions de nos organes sensoriels pour la plupart, nous permettant de nous connaître ou d’aider au mieux notre quotidien. La suite logique apparaît donc dans l’intégration directe des capteurs à nos organes et pourquoi pas dans le remplacement de ces derniers, le transhumanisme serait donc étudié. “Can google solve death” (google peut-il résoudre la mortalité) c’est la question posée par le Time. Pour certains chercheurs, la vie s’apparente à une « nano-machine particulièrement sophistiquée », mais aussi largement manipulable. Les recherches en ce sens sont en cours.

Depuis 2002, la révolution NBIC est en marche, elle consiste a associer les nanotechnologies et la biologie afin de manipuler au mieux le vivant. Dans quelques décennies, il est envisagé que les maladies les plus graves soient traitées grâce à la reprogrammation génétique.

Pour l’instant, le professeur de cybernétique Kevin Warwick, apparaît être le premier “cyborg” de l’histoire depuis qu’il s’est greffé des puces dans le corps et des électrodes dans un bras, reliées à son système nerveux et à un ordinateur. Il peut depuis lors commander par la pensée un ordinateur ou une main robotisée.

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Avancée technologique ou début post-apocalyptique, pour le professeur de philosophie Jean Michel Besnier, aucun doute, nous courrons à la catastrophe : “Ce que veut le transhumanisme, ce n’est pas parfaire l’humanité, mais nous arracher à l’humanité. Faire de nous des êtres qui ne naîtront plus mais qui seront fabriqués, lisser la vie psychique, ne plus vieillir grâce au téléchargement de la conscience, éradiquer la souffrance et donc le plaisir. Le désir même, alors que c’est le moteur de l’humanité… Arrêtons de dire que c’est au service de l’humanité, alors que ce n’est que pour la détruire”

source : cnil.fr