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Le corps connecté, nouvel objet intelligent ?

Entre choix et volonté absolue de normalité, la notion de vie privée est malmenée dès qu’il s’agit de connecter notre corps. Autre dérive, les applications qui se substituent au médecin en toute impunité…

Le corps connecté : un choix volontaire

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S’auto-quantifier pour mieux se connaître, un mouvement apparu en Californie en 2007 : le Quantified-self.  Un nouveau rapport à soi-même et au corps à l’origine de la montée en flèche des capteurs connectés.

Un mouvement qui va loin puisque de plus en plus veulent être acteurs de leur santé, pour cela entre capteurs et applications mobiles, le choix est vaste. Avec une gamme variée de capteurs et plusieurs dizaines de milliers d’applications, on peut principalement quantifier une activité ou un paramètre physique (Runkeeper, Runstatic, Nike+, Fitbit, etc.), surveiller sa nutrition en estimant ses calories (My fitness pal, etc.), surveiller son poids (Withings, Fitbit, Terraillon), suivre un facteur de risque de maladie, mesurer la qualité de son sommeil (Jawbone, isommeil, etc.), évaluer son humeur, etc.

Mesurer, d’accord, mais pourquoi ? Sauf dans le domaine médical, il apparaît trois étapes répétitives :

  • la fixation d’un objectif comme point de référence que l’on va annoncer publiquement
  • la médiatisation va valoriser l’effort et encourager les marques de soutien
  • une visualisation graphique du rendu pour objectiver ses pratiques

Si parfois ces données sont entrées manuellement dans une application ou un réseau social, le plus souvent et de plus en plus, on a recours aux objets connectés. Selon une étude publiée en janvier 2013 par le Pew Internet Institute, déjà 21 % utilisaient les nouvelles technologies pour s’auto-quantifier.

Pour Bernard Benhamou, Délégué aux Usages de l’Internet, cette habitude grandissante d’utiliser ce système est lié à “l’arrivée des terminaux mobiles et tactiles qui a été l’élément déclencheur des mouvements de mesure de soi : ces terminaux ont créé une grammaire ergonomique et gestuelle commune.”

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Un besoin constant d’encouragement, puisque les amis réels se raréfient, faisons appel aux inconnus virtuels, triste, mais probablement efficace.

Une recherche de normalité ?

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Pour Antoinette Rouvroy, juriste et philosophe du droit, le terme de quantification est significatif, il veut dire  “faire exister sous la forme d’un nombre ce qui auparavant, était exprimé par des mots”. Fort de cette définition, l’utilisation de cette donnée quantifiée à des fins de comparaisons est évidente.

Phénomène passager selon certains, nombriliste pour d’autres, il s’agirait de montrer que l’on fait mieux que les autres. En ce cas, ce qui ne se quantifient pas seraient présumés coupables de mauvaise conduite. Un phénomène qui peut s’avérer dangereux, sera-t-on assez normal, assez performant ? jusqu’où peut bien aller un tel besoin de se comparer à une population qui fait le choix d’exhiber des chiffres que l’on peut de ce fait présumer bons.

Toutes les dérives sont envisageables, ceci dit, les jeux vidéos ne rendent pas plus violents mais plus malins apparemment alors tâchons de rester optimistes sur ce point.

La notion d’intimité malmenée

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Les données issues des objets connectés sont le plus souvent publiées sur plate-forme, de façon plus ou moins anonymes. Cela relève d’un choix de l’utilisateur et d’une volonté affirmée des développeurs qui souhaitent récolter le maximum de données afin de permettre des croisements plus aisés.

Une étude menée aux États-Unis en 2013 explique que sur 43 applications mobiles de santé et fitness, la grande majorité n’offrait pas une protection suffisante pour garantir la confidentialité des données des utilisateurs.

Si les données concernant le nombre de pas sont peu importantes, les données de santé dévoilées au grand public sont plus inquiétantes à moins que ce ne soit finalement une volonté actuelle de transparence absolue.

Votre dévouée rédactrice a peut-être et même sûrement un esprit torturé, mais à écrire ce commentaire, elle ne peut s’empêcher d’imaginer une dérive possible de ce constat : il est tard, seule chez elle, son téléphone sonne (bien sûr, son numéro aussi est publié sur un quelconque support internet), à l’appareil une voix rocailleuse : “je regardais vos données de santé, vous allez sans nul doute mourir dans un avenir proche… pour préparer vos obsèques, nous sommes là !”

La médecine 2.0

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Les utilisateurs suivent eux-mêmes leur état de santé grâce à certains objets connectés, le médecin écarté du processus, peut-on réellement faire confiance à notre lecture de données dont on ne connaît pas encore la réelle fiabilité ?

Plutôt que de se substituer à son médecin, ne pourrait-on pas partager avec lui les données ? C’est ce qui semble le plus judicieux mais qui est loin d’être systématique : le deuxième baromètre Vidal de 2013 évalue à 8% la proportion de médecins qui conseilleraient à leur patient d’utiliser une application santé du smartphone. En revanche, 56% d’entre eux ont recours à leur téléphone pour une utilisation professionnelle.

Ce rapport médecin/patient au travers du corps connecté permettrait d’éviter un auto-diagnostique dangereux. Ceci dit, selon le Dr Laurent Alexandre, l’intégration des données dans le système médical n’est pas pour demain, rien ne permettant pour l’instant de regrouper les applications grand public aux logiciels médicaux.

Sans renier toute utilité aux capteurs de santé, il serait bon de rappeler qu’un médecin a étudié des années pour comprendre des données qu’une machine va donner sans expliquer.

source : cnil.fr

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