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[Interview] L’homme qui rêvait de passants télécommandés

pedestrians cruise control

Il y a quelques semaines, nous vous parlions de l’invention incroyable de Max Pfeiffer, ce chercheur de l’université de Hannover (en Allemagne), à l’origine du « cruise control for pedestrians », une invention permettant de guider un passant au moyen d’un téléphone portable et en utilisant la stimulation musculaire. Nous avons eu la chance d’interviewer le chercheur et d’en apprendre un peu plus sur son invention.

Pouvez-vous commencer par nous en dire plus sur vous ?

J’effectue actuellement mon PHD à l’université d’Hannover au sujet des interactions hommes-ordinateurs, et je cherche à savoir comment donner à l’homme une meilleure compréhension de son environnement visuel. Le « cruise control » n’est que l’un de mes projets et est au départ une approche très simple pour changer la direction de la marche de l’utilisateur et ainsi libérer son esprit des contraintes qui lui empêchent de profiter de son environnement. L’invention est simple : grâce à des électrodes positionnées sur les jambes, nous créons une stimulation électrique des muscles pour contracter le sartorius, muscle responsable de la rotation de la jambe. Mon projet a été présenté cette année au CHI (Human Computer Interaction) devant des professionnels du secteur et des chercheurs dans ce domaine.

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max pfeiffer

Expliquez-nous l’intérêt d’une telle invention ?

cruise control

De nos jours nous avons l’habitude de marcher avec notre téléphone portable dans les mains et d’être très souvent en train de regarder une application, notamment une application de navigation. Ces applications réclament toute notre attention : elles nécessitent notre analyse, notre compréhension afin de réussir à transposer ce que nous voyons sur notre portable à notre environnement réel, surtout pour trouver notre chemin.

Donc ce que j’ai essayé de faire avec le cruise control, c’est de simplifier les étapes de ce processus, et de concevoir un système qui permettrait de nous guider dans nos déplacements de façon beaucoup plus intuitive.  Mais aussi de libérer les gens qui marchent dans la rue en ne regardant que leurs téléphones. Parce qu’on ne peut pas véritablement voir, ni profiter, ni s’intéresser sincèrement à son environnement si on ne le regarde pas. Donc nous avons trouvé intéressant de libérer le regard de l’utilisateur et de lui donner l’opportunité de regarder de nouveau autour de lui pendant qu’il marche. Cela permet également d’éviter les erreurs d’interprétations, et d’emprunter directement la bonne direction.

Avez-vous travaillé seul sur ce projet ?

cruise control

Une certaine partie de ce travail s’inscrivait dans la cadre d’un travail de groupe, avec d’autres étudiants-chercheurs effectuant leurs PHD; ainsi Tim Dünte est co-auteur de ce projet et Michael Rohs est notre Directeur de recherche. Mais ce projet a également été réalisé en partenariat avec deux universités, celle de Stuttgart et celle de Munich; partenariat grâce auquel nous avons collaboré avec Stefan Schneegass et Florian Alt. Aussi l’idée n’est pas venue que de moi, elle est venue de nous tous, car elle a évolué au fil de nos discussions communes, qui constitaient à savoir comment apporter une meilleure navigation urbaine aux passants.

Comment est née l’idée ?

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L’idée est née de l’habitude de voir quotidiennement dans la rue tous ces gens tenter de marcher et de regarder leur téléphone en même temps et d’être finalement incapables de réaliser convenablement l’une de ces deux tâches – qui réclament toute notre attention – et donc qui ne pouvaient au final ni être guidés par leurs applications convenablement, ni éviter tous les obstacles sur leurs routes. Donc nous avons commencé à enquêter, sur les façons dont on pouvait « physiquement » faire changer quelqu’un de direction, et sur les muscles impliqués précisément dans le processus de la marche, surtout pour tourner, ou changer de direction. Car des muscles bien précis sont en fait impliqués dans les changements de direction, mais seulement quelques-uns sont accessibles avec les électrodes.

Pourquoi avoir appelé cette invention le « cruise control » ?

Nous l’avons appelé le «cruise control» – qui d’ailleurs est son nom définitif – parce que, selon notre approche, vous pouvez toujours contrôler la puissance ou reprendre le contrôle ou stopper le signal produit par ce système, et cela à tout moment.

L’utilisateur est-il en mesure de refuser l’ordre qui lui est donné ?

Oui complètement. L’utilisateur reste libre de ses mouvements finaux tout au long de l’usage de ce système. Si par exemple l’appareil lui dit de tourner à droite, mais qu’il ne le souhaite pas, le système ne va pas le forcer à prendre cette direction. Déjà parce que nous ne stimulons qu’un seul des muscles responsables de la marche, ensuite parce que c’est un muscle plutôt petit, et que les autres muscles impliqués dans la marche sont bien plus forts et importants que celui-ci dans le phénomène de rotation.

cruise control
Et ce n’est pas non plus douloureux, car nous utilisons toujours des stimulis à un niveau faible, et qui restent dans la zone de confort de l’utilisateur. D’ailleurs à chaque fois que nous l’avons fait tester, nous y sommes allés pas à pas, en rassurant les testeurs à chaque étape du test et leur demandant systématiquement s’il ne ressentait bien aucune douleur.

Pensez-vous, une fois votre invention complètement achevée, qu’il soit possible d’en faire un mauvais usage ?
Non, justement parce que nous avons fait le choix de stimuler un muscle si petit que vous pourrez toujours reprendre le contrôle dessus.

Est-ce qu’une commercialisation est d’ores et déjà prévue ?

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Nous en sommes encore au stade de la recherche, du prototypage, donc l’étape de la commercialisation est encore très loin de nous, tant il reste de recherches et d’améliorations à réaliser à ce stade. Je pense qu’une telle technologie, pour qu’elle soit parfaitement maitrisée et commercialisable, nécessite certainement encore 10 à 15 ans, avant d’arriver sur le marché. Et surtout, que beaucoup d’avancées en terme de précisions et de navigation nécessitent d’être faites avant cela.

Et au-delà de ça, je suis un chercheur. L’idée de vente n’est pas mon objectif final, mon objectif final est d’aider les gens, de trouver des technologies pour améliorer leur quotidien. Et de leur montrer comment ils peuvent interagir d’une nouvelle façon avec leurs ordinateurs.

Vous avez présenté votre invention au CHI, qu’elle en a été la réception ?
Très bonne ! La présentation du système a été classée dans les 7 meilleures de tout l’évènement, et nous avons obtenu une mention d’honneur pour notre papier de présentation. Donc les retours ont plutôt été très bons.