Depuis le 17 juillet, plus aucun accès à Polymarket depuis la France. Les fournisseurs d’accès internet ont reçu une injonction de l’Autorité nationale des jeux sur le blocage Polymarket en France. Pourquoi cette fermeture ? Quelles conséquences pour les utilisateurs ?
Le 16 juillet, l’Autorité nationale des jeux (ANJ) a durci sa position contre Polymarket en France. Elle a exigé le blocage complet du site web. Ce régulateur des jeux estime que cette plateforme américaine fait la promotion d’une offre illégale de jeux d’argent. Une décision qui tombe en plein cœur de l’été, alors que le site continuait d’attirer des centaines de milliers de visiteurs français chaque mois.
Blocage Polymarket France : pourquoi cette décision de l’ANJ ?
En réalité, ça faisait déjà un moment que Polymarket était dans le viseur de l’ANJ. Depuis novembre 2024, les transactions financières sur le site étaient déjà interdites en France. L’entreprise avait mis en place un géoblocage pour empêcher les français de parier, mais ça n’a pas suffi. Les visiteurs continuaient d’affluer surtout pour consulter la page d’accueil et les cotes en temps réel.
Les chiffres ont fini par alerter le régulateur. En juin 2026, Polymarket a enregistré 578 751 visites depuis la France, avec 205 057 visiteurs uniques. Une audience considérable pour un site officiellement interdit. L’ANJ a donc estimé que même la simple consultation de la page d’accueil, avec ses cotes dynamiques, constituait une forme de promotion illégale du site.
La décision du 16 juillet ordonne aux fournisseurs d’accès à internet français de bloquer totalement l’accès à la plateforme. Une mesure qui s’inscrit dans une stratégie plus large : en 2025, l’ANJ a déjà bloqué 1 290 URL de sites illégaux.
Des paris truqués et une enquête en cours
Le blocage ne tombe pas de nulle part. Une affaire a précipité la décision. En avril, Météo-France a déposé plainte après la manipulation d’une de ses sondes de température. Des hackers ont modifié les données pour faire correspondre la température enregistrée aux paris en cours sur Polymarket. Ce qui a permi à certains utilisateurs de remporter jusqu’à 20 000 dollars.
Une enquête a été ouverte le 4 mai par la section de lutte contre la cybercriminalité du parquet de Paris. Les investigations ont révélé une absence totale de dispositif KYC sur la plateforme, ce qui facilite les manipulations.
Le régulateur pointe également les risques d’addiction et l’absence de mécanismes de protection (limites de mises, outils d’auto-exclusion). Pour l’ANJ, Polymarket n’est pas un outil d’information, c’est un site de jeux d’argent déguisé, avec toutes les dérives que ça implique.
Accéder à Polymarket malgré le blocage : ce qu’il faut savoir
Techniquement, un réseau privé virtuel permet de contourner le blocage. En vous connectant depuis un serveur situé à l’étranger, vous pouvez consulter le site comme avant. C’est une solution simple, mais elle a ses limites.
D’abord, le blocage ne concerne pas que l’accès au site. Même avec un service VPN, les transactions financières restent impossibles. Les cartes bancaires françaises sont bloquées, tout comme les comptes bancaires domiciliés en France. Polymarket avait déjà mis en place ce géoblocage dès novembre 2024 pour se conformer aux exigences de l’ANJ.
Ensuite, et c’est le point le plus important : utiliser Polymarket depuis la France reste illégal, VPN ou pas. Le site n’est pas agréé par l’ANJ et son activité est considérée comme contraire au droit français. Les risques sont théoriques (amendes, poursuites), mais ils existent.
Une tendance européenne

La France n’est pas seule. Polymarket est désormais restreint dans plus de 30 juridictions dans le monde. En Europe, l’Allemagne, la Belgique, l’Italie, l’Espagne, le Portugal, les Pays-Bas, la Suisse, la Pologne, la Roumanie, la Hongrie, l’Ukraine et la République tchèque ont déjà pris des mesures similaires.
Une bizarrerie juridique persiste : le 3 juillet 2026, le régulateur européen des marchés financiers (ESMA) a estimé que les contrats proposés par ces plateformes pourraient être qualifiés d’instruments financiers, ce qui les ferait basculer sous régulation financière et non plus sous celle du jeu d’argent. Aux États-Unis, Polymarket opère en toute légalité, à l’instar de son concurrent Kalshi. Mais la régulation européenne pourrait évoluer, même si rien n’est encore acté.
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