Le retour d’Euphoria saison 3 était attendu avec autant d’impatience que d’appréhension. Après une pause prolongée et des attentes placées très haut, la série phare de HBO revient avec une suite qui promet de poursuivre l’exploration sans fard de l’adolescence contemporaine.
Les nouveaux épisodes parviennent-ils à retrouver la puissance visuelle et la justesse d’interprétation des débuts ? L’écriture évite-t-elle les écueils du sensationnalisme pour rester fidèle à la sincérité des personnages ? Nous avons visionné ce nouveau chapitre pour vous livrer notre sentiment, en toute honnêteté.
Un retour qui s’est fait trop attendre pour un résultat trop amer
Dire que la troisième saison d’Euphoria était très attendue relève de l’euphémisme. Lancé en 2019, le drame lycéen de HBO avait fait sensation avec son mélange enivrant de traumatismes crus, de fards à paupières célestes et de scènes audacieuses, dont une fameuse séquence de vestiaire impliquant trente sexes masculins.
Depuis, la série s’est imposée comme une référence sur le rapport de la génération Z au sexe, aux drogues et à la santé mentale, tout en propulsant Jacob Elordi, Sydney Sweeney et l’ex-égérie Disney Zendaya au firmament d’Hollywood. Pourtant, en presque sept ans, elle n’a livré que dix-huit épisodes, victime de la pandémie de Covid comme des incendies de Los Angeles. Tel un nouvel album de Rihanna, cette saison trois est devenue l’incarnation du mirage pop culturel, repoussé aux calendes grecques.
Une attente récompensée par un constat accablant
L’enthousiasme s’est d’ailleurs étiolé au fil du temps. Les rumeurs de tensions entre le casting et le créateur Sam Levinson n’ont cessé d’enfler depuis l’annonce du retour l’automne dernier, et la tournée promotionnelle qui a suivi dégageait un parfum tenace d’obligation contractuelle. Zendaya elle-même, dans un entretien à Variety, a évoqué un tournage « en coup de vent ».
Il n’y a donc aucun plaisir à rapporter que, sur la base des trois épisodes proposés à la critique, cette troisième et probablement dernière salve ne valait absolument pas l’attente. Elle se présente comme une œuvre crasseuse et sinistre, un pensum dénué d’humour qui oscille entre fascination et dégoût pour le travail du sexe.
Rue dans l’enfer du trafic transfrontalier
L’intrigue reprend cinq ans après la fin de la saison deux. Rue, jouée par Zendaya est toujours en proie à ses démons d’addiction. Elle se retrouve aspirée dans l’univers profondément malsain de Laurie, la trafiquante incarnée par Martha Kelly, afin d’éponger ses dettes. Sa nouvelle vie de mule entre le Mexique et les États-Unis est mise en scène. Les séquences cinématographiques puisent dans le western et la blaxploitation, évoquant parfois le cinéma de Sean Baker, centré sur les travailleuses du sexe.
Le propos est d’une âpreté sans fard. On voit des ballons remplis de drogue sont avalés dans une scène pesante commentée par une voix off sentencieuse de Rue sur le trafic de fentanyl. Elle s’entoure de complices comme Faye, sous les traits de Chloe Cherry. Puis, elle se retrouve à travailler pour Alamo. Il est propriétaire de club à Stetson doublé d’un accès direct à une clinique de désintoxication. En résumé, le répit n’existe pas pour Rue.
Cassie entre rêve de vie conjugale et contenu pour adultes
Du côté de Cassie, campée par Sydney Sweeney, l’horizon prend la forme d’une vie d’épouse traditionnelle. Elle est aux côtés du sportif toxique Nate Jacobs, incarné par Jacob Elordi. Le triangle amoureux avec l’ex-meilleure amie Maddy, interprétée par Alexa Demie, semble loin. Le couple affiche l’image parfaite de la réussite américaine. Pourtant, il y a les affaires déclinantes de Nate et le penchant de Cassie pour la création de contenu OnlyFans déguisée en chiot.
La manière dont la série aborde ses ambitions de camgirl paraît étrangement datée. Et elle est teintée d’un jugement moral qui frôle le voyeurisme. Le tout sans oublier de dénuder Sydney Sweeney dès le deuxième épisode et d’engager la star Rosalía pour un rôle de strip-teaseuse secouant son postérieur en baragouinant du spanglish. Sam Levinson demeure, à tout le moins, un maître en contradictions.
L’humour sacrifié sur l’autel du sordide
L’Euphoria d’antan savait être choquante. La série était surréaliste, parfois gênante et souvent pétrie d’un humour noir ravageur. C’était comme une pièce de théâtre méta ou des intrigues comme celle de Kat feignant une maladie pour rompre. Désormais, les rares tentatives comiques se limitent à quelques saillies grossières. C’est par exemple Ali, le parrain des Alcooliques Anonymes joué par Colman Domingo qui en dit. Une scène qui aurait pu être ironique, montre la gouvernante de Nate et Cassie énumérer les restes d’un buffet pour souligner leur gaspillage. Mais elle est immédiatement anéantie par une menace de mort proférée par Nate. Le personnage a toujours été sociopathe, il est aujourd’hui simplement cruel et dénué de nuances.
Jules, un cœur queer relégué au second plan
La relation entre Rue et Jules, portée par Hunter Schafer, constituait autrefois le cœur queer et décomplexé de la série. Il offrait une représentation rare de la vie transgenre à la télévision sans tomber dans l’exploitation. Dans cette nouvelle mouture, elle n’est plus qu’un prétexte à une exploration confuse de l’économie du sexe. C’est un scénario qui semble pressé d’infliger à l’une des figures les plus fascinantes de la série la marque de fabrique d’une certaine vacuité abrutissante. Jules est une artiste. Elle est devenue une sugar baby, mais avant tout une toile vierge pour toutes les nuances de la perversion masculine.
Des performances solides pour un naufrage créatif
Les interprétations demeurent pour la plupart convaincantes, et parfois même excellentes, notamment celles de Zendaya, Sweeney et Adewale Akinnuoye-Agbaje. Mais cette troisième saison d’Euphoria est une télévision sinistre qui semble prendre un malin plaisir à nous secouer sans autre justification que le spectacle du désespoir. Si le casting donnait l’impression de vouloir en finir au plus vite, on comprend désormais parfaitement pourquoi.
La troisième saison d’Euphoria est diffusée sur Sky Atlantic et HBO Max au Royaume-Uni depuis le 13 avril 2026, et aux États-Unis et en Australie sur HBO et Max depuis le 12 avril.
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