Derrière son esthétique PS3 assumée et son humour absurde se cache un monstre d’addiction. Stupid Never Dies vous met dans la peau de Davy, un zombie condamné à arpenter son centre commercial pour l’éternité.
Le stylet est là : la mécanique “Style Eat” permet d’absorber les ennemis d’élite pour copier leurs pouvoirs. Mais ne vous y trompez pas : entre les runs chronométrés, les niveaux à farmer et les compétences à débloquer, ce roguelite vous aspirera dans une boucle infernale où chaque échec vous rapproche un peu plus de la puissance ultime.
Trois choses méritent d’être retenues.
- Le combat est le vrai atout du jeu. Style Eat, Stupid Parry, dégâts récupérables, boss réussis : si vous cherchez un action-RPG exigeant et agressif, il y a de quoi faire. C’est là que le talent de GPTRACK50 transparaît le plus.
- La structure roguelite est le vrai problème. Limite de temps inutile, donjons répétitifs, progression qui n’incite pas à changer de style. Le jeu s’étire au lieu de se concentrer sur ses forces. Les notes le reflètent : Metacritic à 65 sur PS5 (22 critiques) et OpenCritic à 70, avec des avis qui s’étalent de 3/10 à 9/10.
- Le scénario est anecdotique. Quelques idées, mais une exécution bavarde et mal rythmée.
Stupid Never Dies
Stupid Never Dies est le premier jeu de GPTRACK50, un studio fondé par Hiroyuki Kobayashi, ancien producteur de Devil May Cry et Dragon’s Dogma chez Capcom. Édité par Sega et sorti le 21 octobre 2026 sur PS5 et PC, ce roguelite action-RPG met en scène Davy, un zombie amoureux d’une humaine congelée, prêt à tout pour la ramener à la vie. Le pitch est absurde, le ton est punk, et le système de combat est profond et addictif. Mais la structure roguelite, avec ses donjons répétitifs et sa limite de temps artificielle, étouffe ses meilleures idées avant même qu’elles n’aient pu respirer.
Le bon : un système de combat qui récompense l’agressivité
Style Eat : 11 transformations, 11 façons de jouer
Le cœur du système, c’est le Style Eat. Davy peut dévorer le cœur d’ennemis d’élite pour voler leurs capacités et se transformer en eux. Le jeu propose 11 Styles distincts — Werewolf, Golem, Harpy, Vampire, Demon, et d’autres encore —, chacun avec ses propres coups, compétences et utilités d’exploration. Le Werewolf privilégie l’agilité et le wall jump, le Golem la force brute et la défense. Chaque Style possède sa propre jauge de limite, qui diminue à mesure que l’on descend dans le donjon, ce qui pousse à alterner et à expérimenter. C’est une idée créative et généreuse, qui donne envie de revenir pour tester de nouvelles combinaisons.
Stupid Parry et dégâts récupérables : le cœur du rythme
Le Stupid Parry permet de dévier presque toutes les attaques en subissant des dégâts réduits. Mais son nom n’est pas volé : il est frustrant de ne pas fonctionner plus souvent, et VGC note qu’il « semble être un parry pour le simple fait d’en avoir un ». Les dégâts encaissés s’accumulent en « dégâts récupérables » : si vous ne les récupérez pas en attaquant (via la Bite Gauge), ils deviennent des pertes de PV permanentes.
Ce système risque-récompense encourage un jeu agressif : maintenir la pression, mordre les ennemis pour récupérer la vie perdue, et déclencher des Davy Burst (transformations temporaires surpuissantes). C’est satisfaisant quand tout s’aligne, même si le parry lui-même est parfois imprécis (pas de lock-on, portée courte).
Des boss réussis, mais une structure qui les dessert
Les boss sont les meilleurs moments du jeu : patterns lisibles, télécharges claires, et la possibilité de répondre par un Stupid Parry suivi d’un contre dévastateur. Mais la limite de temps s’applique aussi aux combats de boss, ce qui ajoute une pression artificielle à des affrontements qui méritaient d’être savourés.
Le mauvais : la structure roguelite qui étouffe le plaisir
La limite de temps : une contrainte inutile et frustrante
Chaque plongée dans le donjon est chronométrée. Vous pouvez prolonger le temps en atteignant des points de contrôle, en collectant des cellules de temps, ou en mordant les cœurs des ennemis après un Stupid Impact. Mais les environnements sont déjà compacts : la limite de temps ne fait que restreindre les ressources que vous pouvez accumuler, ce qui ralentit la progression permanente et vous force à refaire les mêmes zones. C’est un artefact de game design qui n’apporte rien, et qui gâche même les combats de boss.
GameSpot résume le problème : « la pression du temps… se fait sentir de manière inattendue et désagréable ». Et VGC va plus loin : si vous échouez, le temps imparti « vous renvoie au début », ce qui casse complètement le rythme.
Des donjons répétitifs et un rythme haché
Les donjons sont linéaires et peu variés. Les premières heures sont saturées de tutoriels et de cinématiques, ce qui casse le rythme et retarde l’accès au vrai plaisir du combat. Une fois le jeu lancé, la boucle reste trop passive : on accumule des stats, mais on ne repense pas vraiment sa façon de jouer. Les transformations, aussi généreuses soient-elles, deviennent souvent optionnelles : une fois Davy suffisamment amélioré, sa forme de base suffit à gérer presque toutes les situations.
Une Grande Guerre qui façonne un monde bancal
Stupid Never Dies situe son récit après une Grande Guerre entre les humains et les monstres. Ce conflit laisse un statu quo peu enviable, mais ses conséquences mondiales restent secondaires pour le héros. Pourtant, le héros de l’histoire s’appel Davy et c’est un zombie méprisé, considéré comme le plus bas dans une hiérarchie déjà dévalorisée. Ainsi, son objectif unique consiste à décongeler et sauver Julia, une humaine prise dans les tirs croisés. Car, sans presque rien savoir d’elle, Davy tombe amoureux au premier regard. Donc, cette obsession immédiate nourrit toute son existence et donne au récit son élan principal.
Une quête étrange qui dépasse le simple sauvetage
Puis, le sauvetage de Julia devient vite plus étrange qu’un simple sauvetage. Après avoir ingéré un œuf mystérieux, Davy rencontre un docteur fou et son assistant. Alors, ces rencontres révèlent une condition précise pour atteindre son but. En effet, il doit dévorer KOM, une entité malveillante cachée dans un donjon en évolution constante. Cependant, le jeu accumule tutoriels, cinématiques et exposés sur la Grande Guerre. Par conséquent, ces informations arrivent souvent avant que le public puisse s’y attacher vraiment. Mais, malgré cette richesse, le rythme narratif perd en efficacité et en émotion.
Un héros fragile, une héroïne plus réelle que prévu
Par la suite, Davy reste un personnage volontairement inepte et obsédé. Toutefois, ses fantasmes autour de Julia montrent une obsession profonde, presque inquiétante. Mieux encore, les publications de Julia sur les réseaux sociaux dévoilent sa personnalité réelle. Ainsi, le contraste entre la femme idéalisée et la personne véritable approfondit leur fausse relation. Pourtant, la direction vocale lente alourdit des conversations déjà longues et répétitives. Donc, l’histoire séduit par ses idées, mais elle peine à les faire pleinement ressentir. Finalement, le jeu reste plus brouillon dans sa narration que franchement mauvais dans son ensemble.
Le contexte : un premier jet ambitieux pour GPTRACK50 et Sega
Le poids de l’héritage
Stupid Never Dies est le premier projet de GPTRACK50, un studio composé de vétérans de Capcom, dont Hiroyuki Kobayashi, producteur de Resident Evil et Devil May Cry. L’ambition est palpable : mélanger la progression d’un action-RPG avec le frisson immédiat d’un roguelite arcade. Le résultat est imparfait mais prometteur, et il laisse entrevoir le potentiel d’un studio qui ose des mélanges audacieux.
La réception critique et publique
Les avis sont partagés. Metacritic affiche une moyenne de 66/100 sur PS5 (et 65 sur PC), avec 55 % d’avis mitigés. OpenCritic se situe autour de 70, avec seulement 56 % des critiques qui recommandent le jeu. Certains critiques saluent un « début explosif » pour GPTRACK50, d’autres parlent d’un jeu « profondément décevant ».
Sur Steam, l’accueil est plus chaleureux : environ 78 % d’avis positifs au lancement, les joueurs appréciant l’esthétique punk, l’humour absurde et le système de combat. Cette divergence entre critiques et joueurs est révélatrice : Stupid Never Dies est un jeu clivant, qui divise autant qu’il séduit.
Note de la rédaction : 6/10.
Stupid Never Dies est un jeu qui sait pourquoi il veut être aimé, mais qui ne sait pas comment se faire aimer. Son combat mérite le détour ; sa structure, elle, mérite d’être oubliée. Un premier jet imparfait, mais qui laisse entrevoir un studio capable de bien mieux.
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