Le retour à Westeros a commencé, mais dans quel temps se situe-t-on exactement ? La fin intrigante du premier épisode de la série sur HBO A Knight of the Seven Kingdoms brouille les pistes entre héritage et avenir.
Cette histoire est liée à plusieurs références au passé et raconte de nouveaux périls. Mon analyse démêle les indices pour savoir si cette série est un nouveau chapitre ou un écho lointain de l’ère des Targaryen. Les jeux de pouvoir, eux, n’ont pas changé.
A Knight of the Seven Kingdoms : L’étrange réconfort de revenir aux sources de Westeros
Après la fin controversée de Game of Thrones et les hauts et (surtout) bas de la seconde saison de House of the Dragon, l’univers de George R.R. Martin avait besoin d’une bouffée d’air frais. La réponse d’HBO ? A Knight of the Seven Kingdoms, une série HBO plus modeste, adaptée des nouvelles Le Chevalier Errant, qui ose faire ce qui semble impensable : raconter une histoire sans dragons, sans magie apparente, et en restant au même endroit. Et le résultat, dès les premières minutes, est une libération joyeuse et malicieuse. Ici, le générique épique est carrément interrompu par un bruit… de pet. Le ton est donné : on est loin des intrigues de cour, et c’est tant mieux.
Qui est ce chevalier qui enterre son mentor en pleurant ?
Notre héros, c’est Dunk (Peter Claffey), un géant de près de deux mètres au cœur tendre. Orphelin du Fond-de-Fleur, le quartier le plus misérable de Port-Réal, il a été élevé par le chevalier errant Arlan de Pennytree. La série s’ouvre sur un moment d’une simplicité désarmante : Dunk enterre son mentor, mort d’un simple rhume au bord d’une route boueuse. En sanglotant, il se remémore les raclées reçues (une seule était injustifiée, pour un vol de tourte qu’il n’avait pas commis) et son avenir incertain. Devrait-il rejoindre la garde de la ville ? Il s’entraîne à lancer un « Arrêtez de violer, Sire ! » peu convaincant. Non, sa décision est prise : il se rendra au grand tournoi d’Ashford Meadow pour se faire un nom. Ou du moins, pour tenter de gagner assez d’argent pour manger.
Pourquoi Westeros a-t-il soudainement besoin d’humour ?
Ce qui frappe immédiatement, c’est la dose inattendue de comédie. A Knight of the Seven Kingdoms ne prend pas la période médiévale-fantastique au sérieux. L’histoire est plus terre à terre, avec toutes ses absurdités. Dunk, ce colosse naïf, se cogne la tête à chaque porte. L’organisateur du tournoi, tout en crachant et en chassant les mouches, devine aussitôt que ce « chevalier errant » est probablement un imposteur. Dunk tente de se justifier en exhibant l’épée de Ser Arlan, dans la poignée de laquelle est incrusté… un sou. Symbole ultime de la roture. La série cultive un humour pince-sans-rire et un charme désuet qui rappellent qu’avant d’être un empire médiatique, Westeros était un endroit sale, difficile, et parfois franchement drôle.
Un simple tournoi peut-il cacher des enjeux dynastiques majeurs ?
Pourtant, l’ombre des Targaryen plane toujours. L’histoire se déroule en 209 après la Conquête, soit un siècle après House of the Dragon et un siècle avant Game of Thrones. C’est une époque étrange pour la dynastie. Les dragons ont disparu depuis un demi-siècle, les laissant sans leur arme de dissuasion ultime. Le sang royal coule toujours dans les veines de personnages comme le prince Baelor (Bertie Carvel), héritier du Trône de Fer et arrière-arrière-petit-fils de Rhaenyra Targaryen. Mais comme le résume crûment Raymun Fossoway, un écuyer que Dunk rencontre, les gens du commun commencent à voir les Targaryen pour ce qu’ils sont à leurs yeux : des « aliens incestueux, des sorciers sanguinaires et des tyrans ». Sans dragons, leur droit divin à régner semble soudain bien fragile.
Comment un géant maladroit se fait-il des amis (et un écuyer) ?
Alors que Dunk erre à Ashford en quête d’un parrain pour le tournoi, il croise la route de descendants de grandes maisons. Il y a le bourru Manfred Dondarrion. Puis, il y a le cruel Steffon Fossoway, et surtout, le rayonnant Ser Lyonel Baratheon (Daniel Ings), dit « l’Orage Rieur ». Ce dernier prend immédiatement en amitié le candide Dunk. Leur complicité donne lieu à des scènes charmantes. Ils dansent et jouent à se marcher sur les pieds comme des enfants – un véritable moment « On vient de devenir meilleurs amis ? ». Dunk trouve aussi une amitié sincère avec Raymun, l’écuyer maltraité de Fossoway, lui rappelant qu’il a plus en commun avec les serviteurs qu’avec les seigneurs.
Et puis, il y a Egg. Un gamin chauve, impertinent et sacrément perspicace, qui supplie Dunk de le prendre comme écuyer. Dunk, rebaptisé pour l’occasion Ser Duncan le Grand, accepte. Leur première nuit sous les étoiles est magique : ils aperçoivent une étoile filante. « Les autres chevaliers dans leurs tentes l’ont probablement ratée », remarque Egg. « Donc la chance est rien que pour nous ? » demande Dunk, touchant de naïveté. Ce duo improbable – un géant simplet et un petit malin – est le cœur battant de la série.
Ser Duncan le Grand peut-il redonner ses lettres de noblesse à la franchise ?
C’est là tout le génie de cette nouvelle série. Elle n’essaie pas d’être plus grosse, plus sombre, plus complexe. Elle fait le pari inverse : être plus petite, plus lumineuse et plus humaine. Dunk ne veut pas le Trône de Fer. Il veut un repas chaud, un peu de respect, et l’occasion de prouver qu’un homme bon peut être un vrai chevalier, même sans lignée. Dans ce contexte, les Targaryen et leur folie héréditaire deviennent naturellement les antagonistes. Après tout, ces seigneurs arrogants sont nés avec une cuillère en argent dans la bouche. On suit avec le sourire et une vraie tendresse les déboires de ce doux dingue. Il se cogne partout, mais sa la bonté brute est un baume.
A Knight of the Seven Kingdoms pourrait bien être le remède dont la franchise avait besoin. En réduisant l’échelle, en privilégiant le caractère à la conspiration, et en réinjectant un humour terre-à-terre, HBO ne fait pas simplement une série moins chère. Elle retrouve l’essence de ce qui rendait les histoires de Westeros si captivantes. On a des personnages auxquels on s’attache, pris dans un monde magnifiquement rude. Le pari est réussi, et le tournoi ne fait que commencer.
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