Glen Powell se transforme en héritier meurtrier dans L’Ultime Héritier. Pourtant, malgré son bon côté comédie noire, ce film remake de Noblesse Oblige peine à justifier son existence.
L’avidité, dit-on, est une bonne chose. Becket Redfellow, interprété par la star montante Glen Powell (Running Man), semble avoir pris Gordon Gekko au mot. Dans L’Ultime Héritier signé John Patton Ford, un fils banni décide d’accélérer son héritage en éliminant méthodiquement toute sa famille.
Pourquoi L’Ultime Héritier manque-t-il sa cible ?
Le problème commence avec l’héritage impossible. Noblesse Oblige, chef-d’œuvre Ealing de 1949, reposait sur une satire acide des classes britanniques. Louis Mazzini, drapier méprisé, éliminait une famille d’aristocrates snobs joués en solo par le génial Alec Guinness. La honte sociale, le mépris de classe, l’obsession du rang… Autant de ressorts non transposables à l’Amérique contemporaine.
Ainsi, en transplantant l’action aux États-Unis actuels, John Patton Ford ampute son récit de son âme. L’original dépeignait une Angleterre édouardienne figée dans l’obsession hiérarchique. Dans L’Ultime Héritier, Becket Redfellow évolue dans un milieu sans structure sociale tangible.
Les victimes sont, quant à elles, lâchement interprétées par des acteurs différents. Elles manquent alors du monstre uniforme qu’incarnait Guinness. Personne n’a osé relever le défi multi-rôles, ce qui a privé le film de son moteur comique essentiel.
Qu’est-ce qui sauve cette entreprise de la catastrophe ?
Je citerais d’abord Margaret Qualley dans le rôle de la mondaine déchue Julia. Similairement sous-écrite que son homologue d’origine, l’actrice parvient à distiller une présence sulfureuse qui éclipse momentanément les maladresses du scénario. Son personnage dans L’Ultime Héritier est l’archétype de la femme fatale recyclée. Elle constitue ainsi le seul écho convaincant du cinéma noir classique.
Glen Powell lui-même mérite également l’attention. La star de Twisters et Tout Sauf Toi déploie son charisme habituel avec une détermination presque touchante. Pourtant, son naturel en pâtit, car il essaie si fort d’être irrésistible que la performance devient laborieuse. Comparé à la froide élégance de Dennis Price dans l’original, Powell apparaît terne. Il est également dépourvu de cette rage contenue qui faisait la force de Louis Mazzini.
La mise en scène tient-elle la route dans L’Ultime Héritier ?
Malheureusement, John Patton Ford, pourtant auteur du remarquable Emily the Criminal, semble à court d’idées. Construit en long flashback depuis le couloir de la mort, le récit accumule les invraisemblances et les coïncidences providentielles. Pire encore, alors que Becket raconte ses forfaits à un curé, aucune tension ne se construit.
De plus, les meurtres s’enchaînent avec une platitude déconcertante. La mise en scène de L’Ultime Héritier se contente du b.a.-ba technique. Et elle ne trouve jamais le rythme tranchant qui aurait dynamité l’ennui. Même la conclusion, prétendument cynique, sonne creuse. Contrairement à Oliver Stone dans Wall Street, Ford n’a rien à dire sur le capitalisme sauvage qu’il évoque pourtant en ouverture.
Faut-il renoncer à cette succession ?
Je trouve que la réponse à cette question est évidente. Pour Glen Powell en mode tueur, Hit Man de Richard Linklater propose une comédie noire infiniment supérieure. Quant aux milliards de Redfellow, ils ne valent pas les couronnes de Mazzini.
Néanmoins, le film n’atteint pas l’horreur du Christ restauré de Cecilia Giménez. L’Ultime Héritier reste regardable, simplement inutile. Comme le remake des Ladykillers par les frères Coen ou L’école des Dragueurs par Todd Phillips, il interroge : pourquoi donc ? Quand l’original demeure accessible et parfait, quelle audace justifie cette pâle imitation ?
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