Le temps est venu de classer les six saisons de Peaky Blinders de la pire à la meilleure. On fera aussi un petit détour par le grand écran.
Depuis 2013, Tommy Shelby et sa famille ont transformé Birmingham en champ de bataille stylistique. Avec l’arrivée du film The Immortal Man en mars 2026, l’ère Peaky Blinders trouve enfin son épilogue, ou presque. Retour sur six saisons de chaos contrôlé, de sang versé et de réputations bâties à coups de rasoir.
Pourquoi la saison 6 déçoit-elle les plus grands fans ?
L’anticipation était à son comble, et pourtant, le final télévisé laisse un arrière-goût amer, comme un whisky écossais trop dilué. Certes, nous avons eu droit à une ouverture fracassante. Tommy apprenait le prix tragique de sa tentative d’assassinat contre Oswald Mosley. La mort de tante Polly reste également gravée dans les mémoires. Néanmoins, le reste peine à atteindre la grandeur des précédents chapitres de Peaky Blinders.
Le plus gros problème, c’est le fait que Tommy était enfermé dans ses démons personnels. Il ne s’est pas confronté à un adversaire extérieur digne de ce nom. D’un autre côté, Mosley était sous-exploité et apparaissait à peine. Aussi, la rivalité avec Michael, pourtant promise comme conflit central, s’efface sans jamais générer de tension réelle.
Le dénouement est ainsi loin de clore en beauté. D’ailleurs, il ressemble davantage à une ellipse avant le film qu’à une conclusion poétique. Même à son plus bas, la série reste supérieure à la plupart des dramas. Cela dit, cette saison 6 de Peaky Blinders manque cruellement de mordant.
La saison 5, quand la politique tue le gangster ?
Tommy continue son ascension sociale, mais le coût est élevé. Le krach boursier américain ruine les investissements des Blinders, et Michael en porte la responsabilité. Une inimitié fraternelle naît donc par la suite. D’une part, l’introduction d’Oswald Mosley crée une alliance malsaine. D’autre part, l’amitié naissante avec Winston Churchill pousse notre héros vers une tentative d’assassinat politique avortée.
Cette saison de Peaky Blinders mêle habilement affaires, fascisme et hostilités familiales. Voir un adversaire dominer Tommy sans recourir à la violence constitue un changement rafraîchissant. Par contre, le virage politique érode une part de l’essence brutale qui avait fait le succès de la série. Les moments creux se multiplient, et l’adrénaline des premières saisons s’efface progressivement derrière les manœuvres parlementaires.
La saison 1 de Peaky Blinders, des premiers pas hésitants
L’origine de la légende démarre en fanfare. On a d’abord un vol d’armes gouvernementales destinées à la Libye et l’envoi de l’inspecteur Campbell pour les récupérer. S’ensuit une partie de chat et de souris avec Tommy. Entre-temps, notre héros tombe amoureux de Grace, agent infiltré de Campbell. Et en parallèle, la guerre éclate contre le gangster rival Billy Kimber.
La série cherche encore sa voix et oscille entre intrigues parfois abandonnées et personnages en construction. Tommy n’occupe pas encore pleinement le centre de la narration dans la saison 1 de Peaky Blinders. Malgré ces hésitations, l’atmosphère sombre et tendue opère immédiatement.
Tante Polly émerge comme le cœur battant de la famille. De son côté, Cillian Murphy impose sa présence magnétique. Les fondations d’un monument sont posées, même si l’architecture perfectible trahit une jeunesse créative.
La saison 3, la chute de Grace et l’ascension du prêtre diabolique ?
Cette série ne tolère jamais le bonheur. La mort de Grace dès le premier épisode propulse Tommy dans une spirale destructrice dont il ne se remettra jamais. Père Hughes, prêtre corrompu incarné avec une rare vilenie par Paddy Considine, transforme les Blinders en marionnettes de ses desseins obscurs. Dans Peaky Blinders saison 3, Alfie Solomons, interprété par un Tom Hardy en roue libre, réapparaît pour brouiller les alliances.
Cette saison constitue un test de résistance brutal pour la famille Shelby. Même les proches se méfient des extrémités où Tommy pourrait les entraîner. Le prêtre Hughes se révèle antagoniste mémorable, détestable à souhait. La finale voit les alliés les plus fidèles menacés d’exécution à cause des décisions de Tommy. Elle clôt ainsi un chapitre d’une intensité rare.
Comment Tom Hardy a-t-il changé la donne dans la saison 2 ?
L’arrivée d’Alfie Solomons chamboule tout dans la saison 2 de Peaky Blinders. C’est un gangster juif londonien, à la loyauté aussi changeante que la météo anglaise. Il injecte une énergie nouvelle grâce au charisme débordant de Hardy. Ses répliques cinglantes et son opportunisme sans filtre élèvent immédiatement la série. Michael, fils retrouvé de Polly, et May, nouvelle romance de Tommy, enrichissent également le tableau familial.
Campbell évolue quant à lui en adversaire véritablement intimidant, ce qui mène à un affrontement final mémorable. Vient ensuite la scène de conclusion, où Tommy fait face à son exécution. Elle représente probablement le sommet artistique de Cillian Murphy dans l’ensemble de la série. En tout cas, cette saison 2 pose les jalons d’une excellence durable.
La saison 4 où Adrien Brody a créé le meilleur Peaky Blinders
Luca Changretta débarque de New York avec pour mission de venger son père assassiné par les Blinders. Ce mafieux italien a pour interprète un Adrien Brody en mode prédateur élégant. Il constitue donc enfin un antagoniste à la hauteur de Tommy. Après l’exécution de John par ses hommes, la menace devient palpable, tangible, terrifiante.
L’intrigue se simplifie d’ailleurs, mais pour mieux frapper. On a ici un chasseur vs proie, sans fioritures. Brody, requin patient dans les eaux troubles de Birmingham, livre une performance hypnotique. Les séquences d’action de la saison 4 atteignent quant à elles une qualité technique inégalée dans Peaky Blinders.
Ajoutez à cela le retour d’Alfie, notamment ses joutes verbales avec Changretta. Sa présence apporte une couche de jouissance cinéphile. Pure efficacité narrative, tension maximale, résolution parfaite… La saison 4 incarne la série à son apogée.
Où se situe le film The Immortal Man dans cette hiérarchie ?
Ce long-métrage est sorti en salles le 6 mars 2026. C’est une des nouveautés à voir sur Netflix ce mois de Mars. Il livre enfin une conclusion digne de ce nom pour la série. Tommy doit affronter une réalité déchirante. Son fils Duke a pris le contrôle de Small Heath avec la même brutalité que son géniteur. Cette confrontation générationnelle, absente de la saison 6, redonne à l’œuvre sa dimension tragique.
Certes, ce film est privé de certains personnages emblématiques. Cela dit, il déploie enfin l’envergure cinématographique que Peaky Blinders méritait. Moins réussi que les saisons 2 et 4, il surpasse néanmoins largement le final télévisé et plusieurs autres chapitres.
Cillian Murphy y livre ses adieux avec une dernière gorgée de pathos brooding. La légende des Shelby s’achève non pas avec un feu de paille, mais avec une explosion contrôlée. Exactement comme ils l’auraient souhaité.
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