Quand un film se termine sur un homme qui s’envole en biplan après une vie de labeur, on se demande : quelle est donc cette dernière révélation ? Dans Train Dreams sur Netflix, Robert Grainier, ce bûcheron solitaire, nous murmure une leçon à la fois simple et vertigineuse à la fin.
Loin d’être un adieu triste, son ultime voyage est un clin d’œil malicieux sur le sens de l’existence. Préparez-vous à une conclusion qui vous fera voir votre propre vie… de beaucoup plus haut.
Train Dreams : l’épopée intime d’un homme ordinaire
L’adaptation du roman de Denis Johnson, Train Dreams, réalisée par Clint Bentley, s’ouvre sur une image puissante : celle de Robert Grainier, incarné par un Joel Edgerton sobre et poignant, émergeant d’un tunnel de train à vapeur pour pénétrer dans la lumière d’une forêt titanesque. Le film se referme des décennies plus tard sur ce même homme survolant en biplan cette terre qu’il a labourée de ses mains.
Entre ces deux moments, c’est une vie entière qui se déploie, une existence marquée par l’amour, la perte et une quête silencieuse de sens. Comme le souligne la voix du narrateur, interprétée par Will Patton, Robert finit par se sentir, au crépuscule de sa vie, « connecté à tout cela ».
Les fondations d’un bonheur fragile
La vie de Robert est faite de longues périodes de solitude, jusqu’à ce qu’il rencontre Gladys, jouée avec une grâce tranquille par Felicity Jones. Cette femme, qui « se présenta comme si les femmes faisaient ce genre de chose tous les jours », bouleverse son univers.
Leur amour se construit avec la lenteur et la délibération des choses durables, aboutissant à la construction d’une maison puis d’une famille, avec la naissance de leur fille Katie. Felicity Jones explique s’être imprégnée de la lenteur de cette époque, sans les distractions modernes, pour incarner la profonde assurance et la sérénité qui émanent de Gladys.
L’abîme du feu et du chagrin
Le bonheur de Robert, pourtant ancré dans cette terre qu’il chérit, est d’une fragilité déchirante. Alors qu’il rentre chez lui après une longue période de travail, il découvre son village ravagé par un incendie infernal. Il se rue dans les flammes pour tenter de retrouver sa femme et sa fille, mais elles ont disparu.
Seul rescapé, Robert se retrouve face au néant. Le scénariste Greg Kwedar décrit le film comme une histoire sur « comment choisir à nouveau la lumière après une perte ». Pour Robert, la régénération de la forêt calcinée qui l’entoure devient une métaphore silencieuse de sa propre résilience.
Les remords et les fantômes du passé
Hanté par la disparition des siens, Robert est également poursuivi par d’autres démons. Il a notamment assisté, impuissant, au meurtre d’un de ses collègues de travail. C’était un ouvrier chinois du nom de Fu Sheng. Le réalisateur Clint Bentley souligne que la présence de cet homme, dont la mort a été occultée par l’histoire, résonne tout au long du film.
Il était crucial, selon Bentley, de nommer ce personnage et de montrer ses rêves, rendant ainsi hommage à la population d’immigrants chinois qui a bâti les infrastructures américaines dans l’ombre.
La rencontre qui transcende la solitude
Des années plus tard, Robert, qui s’est retranché dans son deuil, fait la rencontre de Claire Thompson, interprétée par Kerry Condon. Voyageuse au tempérament libre, Claire représente tout ce que Robert n’a jamais été. Pourtant, elle ne le juge pas et lui offre une amitié précieuse.
Joel Edgerton souligne la beauté de cette relation qui évite les clichés romantiques. Il ne s’agit pas pour Robert de remplacer Gladys, mais de se reconnecter à la communauté et à l’échange humain. C’est avec Claire qu’il peut enfin mettre des mots sur sa douleur, un pas essentiel pour traverser son deuil.
Le réconfort d’un mystère
Dans sa solitude, Robert est un jour visité par une enfant sauvage, plus louve qu’humaine. Blessée, elle entre dans sa maison et il la soigne, voulant désespérément croire que c’est Katie, revenue vers lui. Clint Bentley évoque cette scène pivot comme un équilibre délicat entre la beauté d’une réunion et l’horreur d’un deuil non résolu. Que cette fille soit réelle ou une manifestation de son esprit endeuillé importe finalement peu. Elle incarne sa manière unique d’apprivoiser sa douleur et d’accepter l’inacceptable.
Le grand tout et la paix finale
Le film s’achève sur Robert, vieillissant, découvrant à la télévision les images d’un astronome en orbite autour de la Terre. « C’est nous ? » demande-t-il, saisi par la révélation de son appartenance à un tout cosmique. Sa vie, faite de labeur et de chagrin, lui apparaît alors sous un jour nouveau. Greg Kwedar compare l’expérience du film à celle de se tenir au pied d’un séquoia millénaire. C’est une sensation vertigineuse qui nous rappelle à la fois notre petitesse et notre profonde connexion à un récit bien plus vaste.
Pour Robert, la boucle est bouclée. Après une vie les pieds dans la terre, il prend son envol, et le pilote du biplan lui lance une dernière recommandation, sage et universelle : « Hé, vous feriez mieux de vous accrocher à quelque chose. » Train Dreams est disponible en streaming sur Netflix.
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