Après 18 à conquérir les fans de RPG, le studio Spiders annonce sa fermeture. Derrière la liquidation judiciaire, une histoire humaine brutale et une page sombre du jeu vidéo français.
Depuis 2008, Spiders créait des titres RPG ambitieux et originaux et s’est ancré durablement dans le paysage vidéoludique européen. C’est pourquoi les fans ressentent actuellement une colère froide face à la fermeture du studio Spiders. Après le rachat par Nacon, la liquidation judiciaire met un point final brutal à dix-huit ans d’histoire créative.
Pourquoi est-ce une catastrophe pour le RPG européen ?
Spiders proposait des récits politiques complexes ainsi que des mondes hybrides mêlant fantasy coloniale et science-fiction. Il incarnait une vision européenne du RPG. GreedFall, sorti en 2019, a d’ailleurs réuni une communauté fidèle grâce à son cadre unique et ses décisions morales engagées. Le studio Spiders, qui vient d’annoncer sa fermeture, se distinguait alors que les productions américaines et japonaises dominaient le marché.
La scène AA européenne perd aujourd’hui l’une de ses voix les plus distinctives. À l’image d’un éditeur indépendant en littérature, la disparition de ce studio appauvrit la création. Elle réduit drastiquement la diversité d’un secteur qui en a pourtant cruellement besoin.
Qu’est-ce qui a précipité la fermeture du studio Spiders ?
Le syndicat STJV pointe « des années de mauvaise gestion et de néant stratégique » comme cause directe du désastre. Bigben Interactive (devenu Nacon) avait racheté le studio en 2019. Après cette acquisition, la direction a privilégié des profits rapides au détriment d’une stratégie viable sur le long terme.
D’abord, on a eu l’annulation du projet “Dark” et la dégradation des conditions de travail. Les cadres dirigeants ont proposé des solutions, dont un recours à l’IA dénoncé comme une fuite en avant. Malheureusement, aucune n’a répondu ni aux besoins des développeurs ni aux réalités du marché. C’est ce qui a ensuite conduit à la fermeture du studio Spiders.
Nacon n’a trouvé aucun repreneur avant la deadline de mi-avril. Le tribunal de commerce a alors ordonné la liquidation totale. Game Rant rapporte que, selon France Stratégie, 67 % des entreprises entrant en ce type de redressement judiciaire finissent liquidées. Spiders fait partie de cette statistique, tout comme KT Racing et Cyanide, autres victimes collatérales de l’effondrement Nacon.
Que vivent les développeurs dans leurs derniers jours ?
Les 70 employés ont passé leurs derniers jours à mettre leurs CV à jour et participer à des sessions d’auto-information. Et oui, ils n’ont même plus eu l’occasion de corriger des bugs ou de préparer des patchs. Le comité d’entreprise (CE) a en outre organisé le rachat du matériel de bureau par les employés eux-mêmes.
Puis, le 28 avril, l’équipe s’est réunie pour un dernier verre hebdomadaire. C’est un rituel habituel transformé en hommage solennel à 18 ans de création collective. Avec ce dernier rassemblement, la fermeture du studio Spiders est bel et bien réelle.
La loi française impose au liquidateur d’envoyer les notifications de licenciement dans les 15 jours suivant la décision du tribunal. La mécanique juridique avance vite. Les humains, eux, ramassent les morceaux.
La fermeture du studio Spiders laisse des séquelles
GreedFall: The Dying World est sorti dans un état décevant sur Steam, au pire moment possible. Sans studio pour le soutenir, son avenir reste ainsi incertain. Pourtant, la communauté GreedFall mérite mieux qu’un jeu abandonné en l’état.
On a également le projet Dark, annulé avant même d’avoir vu la lumière. Il représente lui aussi une perte sèche. Des mois de travail, d’énergie créative, de passion, tout cela englouti par des décisions managériales hors sol.
La fermeture studio Spiders laisse donc deux blessures ouvertes. D’une part, une franchise orpheline et, d’autre part, un projet fantôme. Pour les fans de RPG français, ce double deuil est la conclusion la plus amère d’une histoire qui méritait une fin bien différente.
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