Vos émotions ont été mises à mal en regardant Projet Dernière Chance, et déjà vous réclamez la suite ? On comprend l’envie, mais calmez vos ardeurs. Entre production complexe, scénario à resserrer et acteurs surengagés, le deuxième volet n’est pas pour demain.
Hollywood aime faire mariner son public, et ce film n’échappe pas à la règle. Alors oui, l’attente sera longue, frustrante, interminable. Mais patience : les bonnes choses viennent à qui sait attendre. En attendant, re-regardez la fin et ces dernières informations croustillantes.
Un film peut-il exister sans ambition de saga ?
Projet Dernière Chance fait figure d’ovni dans le paysage hollywoodien actuel. Un film de science-fiction à gros budget qui n’est pas une énième reconstruction de licence existante, ne prépare pas discrètement un univers partagé. Non, ce film se contente de vouloir raconter une histoire. Une seule. Celle d’un homme, de son ami extraterrestre improbable, et de leur mission pour sauver deux planètes. Rien que ça.
Mais voilà, le film a conquis la critique, le public devrait suivre, et les fans de SF commencent déjà à se demander si une suite pourrait voir le jour. D’autant qu’une scène vers la fin semble tout droit sortir d’un teaser pour un deuxième volet. Alors, Projet Dernière Chance 2 ça viendra quand ? La réponse risque d’en décevoir plus d’un.
Cette fameuse scène de fin laisse-t-elle vraiment entendre une suite ?
Rappelons les faits pour ceux qui auraient déjà oublié. Ryland Grace et Rocky, l’extraterrestre devenu son meilleur ami, ont mis au point les Taumoebas, ces organismes capables de dévorer l’Astrophage qui menace de plonger la Terre dans une ère glaciaire. Les deux compères se séparent, chacun repartant vers sa planète pour sauver les siens.
C’était sans compter sur l’évolution des Taumoebas. Les petites bêtes se sont mises à grignoter le xénonite, le matériau dont est fait le vaisseau de Rocky. Grace comprend que son ami est en danger : les Taumoebas vont dévorer son carburant, le condamnant à une mort lente dans l’espace. Plutôt que de rentrer sur Terre, il fait demi-tour. Sauve Rocky. Le ramène chez lui dans le Hail Mary. Et c’est là que le film semble ouvrir une porte.
Dans la séquence finale, on découvre Grace vivant sur la planète de Rocky, dans un biodôme qui reproduit l’atmosphère terrestre. Et Rocky lui annonce que les scientifiques éridiens préparent le Hail Mary pour le voyage de retour vers la Terre. De quoi imaginer tout naturellement une suite où Grace rentrerait chez lui.
Andy Weir a-t-il écrit une suite du roman ?
Non. Et c’est déjà un sacré problème. Andy Weir, l’auteur du livre, a conçu Projet Dernière Chance comme une histoire autonome. Un début, un milieu, une fin, point final. Certes, il a évoqué avoir « quelques bribes de bonnes idées » pour une suite, mais il n’a jamais officiellement lancé l’écriture d’un nouveau roman. À la place, l’écrivain travaille actuellement sur un autre projet de science-fiction, dont les détails restent encore secrets.
Bien sûr, Hollywood pourrait décider de passer outre. On a déjà vu des suites de films adaptées sans que le matériau source existe (Jurassic Park en a fait sa spécialité). Mais l’idée d’ajouter un chapitre à l’histoire d’Andy Weir sans qu’il soit impliqué ? Pour beaucoup de fans, ce serait une hérésie.
Y a-t-il vraiment une histoire à raconter après la fin du film ?
Weir lui-même est très clair : s’il écrivait une suite, « je veux qu’elle soit bonne« . Et pour être bonne, encore faudrait-il qu’il y ait une histoire à raconter. À la fin du film, la mission est accomplie. La Terre est sauvée. Erid est sauvée. Les Astrophages ne menacent plus personne. Tous les fils narratifs sont noués, le récit bouclé.
Inventer un nouveau danger, une nouvelle menace, une nouvelle urgence cosmique pour justifier un second voyage ? Ce serait du forcing pur et simple. Et ce serait trahir ce qui fait la force du film : une histoire simple, émouvante, qui se suffit à elle-même.
Pourquoi Grace voudrait-il retourner sur Terre, de toute façon ?
Posons la question autrement. Qu’est-ce qui attend Grace sur Terre ? Le film prend soin de nous rappeler qu’il n’a pas de famille proche. Pas de conjointe, pas d’enfant. Même pas un chien, précise-t-on. C’est d’ailleurs pour ça qu’il était le candidat idéal pour remplacer le scientifique initialement prévu pour la mission. Ses élèves ? Il les aimait bien, certes. Mais enseigner les sciences à des collégiens, aussi gratifiant que cela puisse être, est-ce vraiment une raison suffisante pour traverser des années-lumière ?
Regardez plutôt ce qu’il a trouvé chez les Éridiens. Une nouvelle vie. Une salle de classe où ses élèves extraterrestres sont bien plus enthousiastes que ses anciens humains. Un ami. Une famille qu’il s’est choisie. Rocky lui propose de prendre tout le temps qu’il veut pour décider s’il veut rentrer. Et Grace répond : « Je peux réfléchir ? » La même phrase qu’il avait adressée à Eva Stratt quand on lui avait demandé de partir dans l’espace.
La boucle se boucle. Grace n’avait pas la carrure d’un astronaute. Il avait celle d’un prof. Et aujourd’hui, il est prof. Simplement, sa salle de classe a changé de planète.
Le cinéma peut-il encore faire des films qui ne deviennent pas des franchises ?
Projet Dernière Chance est une anomalie magnifique dans le cinéma moderne. Un film qui ne prépare pas une suite, ne tease pas un spin-off, ne glisse pas de scène post-générique pour appâter les spectateurs. Il raconte son histoire et s’arrête au moment où elle doit s’arrêter : quand ses personnages sont heureux.
Alors oui, il y aura probablement des voix pour réclamer un deuxième volet. Des fans qui voudront voir Grace retrouver la Terre, retrouver ses souvenirs, retrouver ce qu’il a laissé derrière lui. Mais à quoi bon ? La meilleure raison de ne pas faire de suite, c’est parfois simplement que l’histoire est déjà finie. Et que l’imaginer continuer, c’est déjà risquer de l’abîmer.
Grace a trouvé sa place. C’est une fin magnifique. Laissons-le tranquille dans son biodôme, avec ses élèves éridiens et son meilleur ami extraterrestre. Il a traversé l’univers pour arriver là où il devait être. Et franchement, on n’a pas envie de l’en faire revenir.
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