L’information a de quoi faire frémir les amoureux des bibliothèques. Pour entraîner ses modèles, Anthropic aurait recours à la destruction de livres papier, préférant scanner des exemplaires physiques plutôt que d’utiliser des sources numériques.
Une méthode radicale qui soulève des questions éthiques. Pourquoi ne pas se contenter d’archives en ligne ? La firme invoque des contraintes techniques et légales. Mais derrière cette pratique peu reluisante, c’est la course effrénée des IA qui se dévoile. Nous faisons le point sur ce choix controversé qui pourrait faire tache.
Anthropic découpe des livres à la chaîne pour nourrir Claude, et c’est légal :
- Le projet Panama a déchiqueté des millions d’ouvrages après les avoir scannés, avec l’aval de la justice américaine.
- La doctrine de la première vente est détournée : acheter, numériser, détruire devient le moyen le plus sûr d’éviter le piratage.
- Ce savoir disparaît dans des silos privés, sans accès public, et les auteurs ne touchent que des miettes.
Le projet secret d’Anthropic pour aspirer la connaissance mondiale
En coulisses, Anthropic a lancé une opération baptisée Project Panama. Son but était de numériser tous les livres du monde. Pour cela, l’entreprise a dépensé des dizaines de millions de dollars en achats massifs. Ensuite, des machines hydrauliques découpaient les reliures.
Les pages volantes passaient au scanner puis partaient au recyclage. Pourtant, ce programme est resté longtemps dissimulé. Des documents internes prouvent que la firme redoutait l’attention du public. En définitive, des millions d’ouvrages physiques ont été méthodiquement détruits pour nourrir Claude.
Comment fonctionnait la chaîne de destruction massive des livres ?
Concrètement, ce désastre industriel suivait un protocole glacial. D’abord, Anthropic achetait des lots de plusieurs dizaines de milliers de livres. Ensuite, des couteaux hydrauliques tranchaient les dos pour libérer les pages. Celles-ci étaient alors avalées par des scanners de production à grande vitesse. Aussitôt numérisées, les feuilles étaient jetées.
Les vendeurs promettaient une capacité de deux millions de titres en six mois. Finalement, la matière textuelle était transformée en données privées, tandis que la carcasse culturelle partait à la benne.
Pourquoi la justice américaine a-t-elle validé cette méthode ?
À l’origine, cette stratégie radicale découle d’un procès retentissant. Des auteurs avaient attaqué Anthropic pour avoir pillé des bibliothèques pirates. Un règlement historique de 1,5 milliard de dollars a suivi. Par la suite, le juge William Alsup a estimé que l’entraînement sur des livres achetés pouvait relever de l’usage loyal. Selon lui, le modèle ne reproduit pas les textes, mais crée du contenu transformé. Ainsi, détruire un livre acheté est légal, contrairement au téléchargement pirate. Cette distinction juridique a ouvert une brèche inquiétante.
La doctrine de la première vente détournée en arme de destruction
Paradoxalement, c’est une règle protectrice qui autorise ce saccage. La doctrine de la première vente permet à l’acheteur de disposer librement de l’objet. Or, Anthropic se sert de ce droit pour déchiqueter le support. L’entreprise n’a donc pas besoin de licence. Elle achète un exemplaire, puis le réduit en charpie après l’avoir scanné. Ironiquement, cette destruction garantit l’absence de copie illicite conservée. En somme, le fait de jeter le livre après usage scelle la légalité de l’opération.
Que perdons-nous quand les livres finissent en confettis ?
Contrairement à Google Books, le corpus créé par Anthropic est totalement privé. Personne ne peut le consulter. Ainsi, des savoirs entiers disparaissent du domaine tangible. Des biographies épuisées, des contes oubliés et des histoires locales partent en fumée. Pire, une fois le modèle obsolète, ces données seront effacées. Un livre papier dure des siècles. Un algorithme périmé est remplacé en quelques années. Cette logique privilégie l’ingestion immédiate au détriment de la préservation à long terme.
La colère des auteurs face au pillage autorisé
Pour les écrivains, ce procédé est une insulte. Il faut des années pour écrire un livre. Pourtant, des entreprises les détruisent en quelques secondes pour engranger des milliards. Malgré le règlement, les sommes touchées par les auteurs restent dérisoires. Beaucoup n’ont reçu que 3 000 dollars environ.
De plus, l’idée de voir son œuvre finir sous une lame hydraulique est insupportable. Heinrich Heine prévenait que brûler des livres mène à brûler des hommes. Ici, on nourrit des machines avec les cendres de la littérature.
Un modèle économique qui menace les librairies et la mémoire
Désormais, toute l’industrie de l’IA observe cette méthode scan-détruire. Si cette voie reste la plus sûre légalement, la demande de livres d’occasion va exploser. Les acteurs multiplient déjà les commandes en lots massifs. Par conséquent, les étagères des bouquinistes risquent de se vider. Les librairies solidaires, comme Better World Books, deviennent des fournisseurs de matière première. Finalement, le savoir humain est aspiré dans des silos privatifs, sans aucun bénéfice pour le lecteur ou la collectivité.
- Partager l'article :
