Préparez-vous jusqu’à la fin de ce film à un conte de fées comme vous n’en avez jamais vu dans Wicker. Olivia Colman incarne une pêcheuse solitaire et moquée qui, pour se venger des villageois, commande un mari… entièrement tressé en osier, interprété par Alexander Skarsgård.
Ce film adapté de la nouvelle The Wicker Husband promet une romance absurde, des scènes érotiques décalées et un festival de memes viraux. Avec Peter Dinklage et Elizabeth Debicki au casting, Wicker est une bouffée d’évasion fantastique et déjantée qui célèbre l’amour sous toutes ses formes, même les plus insolites.
Trois choses méritent d’être retenues de Wicker.
- La fin n’est pas un happy end. L’Homme d’osier est brûlé, son corps pourrit, et le village n’est pas puni. C’est une fin âpre, fidèle à l’esprit des contes de fées originels, où le prix du bonheur se paie en cicatrices.
- Le couple, lui, survit. Leur lien n’est pas rompu, mais il est marqué par la violence qu’ils ont subie. Ce n’est pas une victoire éclatante ; c’est une survie têtue, fragile, profondément humaine.
- La morale est claire. Le vrai monstre n’est ni l’Homme d’osier, ni la Pêcheuse, mais une communauté qui préfère la conformité au bonheur. The Guardian a beau estimer que le film « ressemble à son mari de rêve : il a l’air bien, mais il n’y a rien dessous », la majorité de la critique salue au contraire une fable qui « tisse habilement l’humour, la critique sociale et une réflexion puissante sur les périls autodestructeurs de la jalousie ».
Wicker : la fin expliquée (et pourquoi le village est le vrai monstre)
Wicker n’est pas le film que son pitch laissait présager. Une pêcheuse solitaire qui commande un mari en osier à un tisserand de paniers : sur le papier, on s’attend à une comédie romantique barrée, un peu gênante, vite oubliée. Ce que livrent Alex Huston Fischer et Eleanor Wilson — un couple de cinéastes à la ville comme à l’écran — est tout autre chose. Adapté de la nouvelle The Wicker Husband d’Ursula Wills-Jones, le film est une fable noire sur la jalousie communautaire, où le couple survit, mais où le village, lui, est condamné. Et cette fin, aussi brutale qu’ambiguë, mérite qu’on s’y attarde.
Ce qui se passe à la fin (enfin, clairement)
Le village passe à l’attaque
Après avoir tout tenté pour détruire le couple en faisant en sorte de séduire l’Homme d’osier, faire croire à la Pêcheuse qu’il est infidèle ou la pousser au doute, les villageois passent à la violence. Ils mettent le feu à l’Homme d’osier. Le Tisserand de paniers, incarné par Peter Dinklage, parvient à le sauver et tente de réparer son corps carbonisé. Mais le bois de saule tissé commence à pourrir. Ce n’est pas une mort explicite à l’écran. C’est une dégradation irréversible, une blessure qui ne cicatrisera pas, et qui laisse le couple dans un état de fragilité totale.
Le couple survit, le village non
La critique la plus précise sur ce point vient du Chicago Reader, qui résume le film comme « optimiste quant à la possibilité d’un mariage hétérosexuel aimant, mais pessimiste quant à la rédemption de cette communauté corrompue dans son ensemble ». Autrement dit : la Pêcheuse et l’Homme d’osier restent ensemble, leur lien n’est pas rompu. Mais le village, lui, est dépeint comme irrécupérable. La justice narrative ne passe pas par une punition spectaculaire des villageois. Il n’y a pas de bûcher purificateur, pas de retournement de situation.
Elle passe par leur condamnation morale. Ils sont laissés à leur médiocrité, tandis que le couple, lui, a trouvé quelque chose de vrai. Le Seattle Times note d’ailleurs que, contrairement à d’autres films récents sur des relations impossibles, Wicker « ose imaginer une fin heureuse pour son héroïne » — parce que les contes de fées, même les plus sombres, laissent parfois une porte entrouverte.
Pourquoi cette fin divise
Une partie du public y voit une « condamnation des hommes ». C’est un réquisitoire féministe. Il assume de brûler son plus beau personnage masculin. D’autres, comme le Chicago Reader ou Collider, y lisent une fable satirique. Elle porte sur la jalousie et le conformisme social. La violence du village y est moins une attaque contre la masculinité. Elle vise toute forme de différence. Cette polarisation est cohérente avec le propos du film. Wicker n’est pas une romance consensuelle. C’est une fable provocatrice. Elle assume ses partis pris, jusqu’au malaise.
Pourquoi le village est le vrai antagoniste
Une communauté patriarcale qui punit la différence
Le village de Wicker est régi par des normes patriarcales rigides : les hommes travaillent, les femmes élèvent les enfants, et le mariage est une transaction. Les femmes portent des colliers matrimoniaux en métal fixés par leur mari, symboles d’une soumission rendue visible à même la peau. La Pêcheuse est moquée pour son odeur de poisson et son célibat. En commandant un mari au Tisserand de paniers, elle défie l’ordre établi. Son couple avec l’Homme d’osier — tendre, égalitaire, non possessif — devient une menace existentielle pour une communauté qui ne survit que par la frustration partagée. Collider le dit sans détour : le film est « une critique du patriarcat » autant qu’une exploration de la connexion humaine.
La jalousie comme moteur de la violence
Les villageois ne supportent pas le bonheur du couple. Les femmes sont jalouses de l’épanouissement de la Pêcheuse ; les hommes ne comprennent pas qu’un être artificiel puisse être un meilleur partenaire qu’eux. Le Los Angeles Times décrit l’Homme d’osier comme « pas comme les autres hommes — meilleur », et cette supériorité insupportable est précisément ce qui attise la jalousie du village. Cette jalousie se transforme en cupidité : ils veulent détruire ce qu’ils ne peuvent pas avoir. La violence finale — l’incendie — n’est pas un accident : c’est l’aboutissement logique d’une communauté qui préfère détruire le bonheur plutôt que de remettre en cause ses propres règles.
Un couple qui survit, mais à quel prix
Les performances
Olivia Colman incarne une Pêcheuse vulnérable et digne. Sa solitude rend l’amour de l’Homme d’osier d’autant plus bouleversant. Screen Rant salue « une nouvelle performance stupéfiante ». Le New York Post note que « seule une actrice aussi téméraire que Colman pouvait se connecter aussi profondément avec une chaise de patio ». Alexander Skarsgård porte un costume physique et des prothèses conçues par Weta Workshop. Il n’y a pas de motion capture. Il donne à l’Homme d’osier une humanité tranquille. Cela rend sa destruction d’autant plus cruelle. Collider évoque « une alchimie surprenante » entre les deux acteurs. Peter Dinklage apporte une gravité au Tisserand de paniers. Elizabeth Debicki vole presque chaque scène où elle apparaît en Femme du tailleur. Elle est gardienne zélée de l’ordre patriarcal.
Ce que le couple représente
Leur relation n’est pas une simple romance : c’est une alternative concrète aux unions imposées. L’Homme d’osier écoute, aide, répare — il fait tout ce que les maris du village refusent de faire. Sa survie, même précaire, est une victoire symbolique : l’amour choisi existe, même dans un monde qui le refuse. Next Best Picture résume l’essentiel : le film rappelle que « les traits les plus efficaces et nécessaires pour une relation réussie, quelle qu’elle soit, sont la simple honnêteté et le respect ».
Wicker ne se termine pas par un bûcher purificateur, mais par une flamme qui couve. Le couple est vivant. Le village, lui, est déjà mort de l’intérieur.
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