Ferrari ose un virage à 180 degrés. Sa nouvelle sportive électrique, baptisée la Ferrari Luce, arbore un design et des lignes si lisses qu’elle évoque immédiatement un ordinateur portable de luxe et non une voiture qui en impose.
Ce look de MacBook sur quatre roues ne laisse personne indifférent. Les puristes du cheval cabré crient au sacrilège, tandis que d’autres y voient l’audace nécessaire pour entrer de plain-pied dans l’ère électrique. Couleur gris sidéral, finitions aluminium, éclairage minimaliste : la Luce bouscule les codes de Maranello. Une chose est sûre, elle ne passera pas inaperçue sur la route.
La Ferrari Luce a-t-elle trahi l’ADN du cheval cabré ?
Le dévoilement de la Ferrari Luce, première supercar électrique de la marque à 640 000 dollars soit 550 000 euros, a fait chuter l’action de 6 %. En effet, ce roadster agressif cristallise toutes les crispations.
Les puristes fustigent un abandon d’identité, certains criant à un « produit Apple sur roues ». Ainsi, le web s’est immédiatement déchiré entre traditionalistes et partisans de la modernité. Finalement, ce lancement confirme que le passage au tout-électrique demeure un pari risqué, même pour une icône du luxe italien.
Luca di Montezemolo, ancien président de Ferrari, a même espéré que le logo originel de Ferrari soit retiré de cette voiture. Sa réaction est sans doute la plus logique en qualifiant ce véhicule de « produit que les chinois ne voudraient même pas copier » tant l’ADN de la marque ne se voit pas.
Un design signé Jony Ive qui bouscule tous les codes
La ligne du coupé résulte d’une collaboration avec Jony Ive et Marc Newson, les créateurs de l’Apple Watch. Par conséquent, la moitié supérieure de la carrosserie forme une coque de verre reposant sur une structure en aluminium. L’habitacle adopte des coins arrondis, des éléments lumineux fins et des surfaces affleurantes, en rupture totale avec l’ADN mécanique et théâtral de Ferrari. Toutefois, Flavio Manzoni, chef du design, assume ce virage polémique. Il se dit convaincu que les tifosi finiront par adopter ce style épuré, malgré les réactions mitigées et complètement désaprobateurs du moment.
Comment les réseaux sociaux ont-ils accueilli cette esthétique minimaliste ?
Si les amateurs de high-tech adorent l’épure signée Ive, la toile a surtout déversé un flot de moqueries à l’encontre de la Ferrari Luce. Certains internautes raillent une voiture « conçue en mode avion » ou suggèrent qu’un « Apple Store a accouché d’un monospace paranoïaque ». Mais rien ne remplace la critique faite par le
Luke Plunkett, du blog Aftermath, tranche en déclarant que la Ferrari Luce « ressemble à un concept de Honda à hydrogène de 2002 », voire à une voiture télécommandée bon marché. Ainsi, la filiation avec la Silicon Valley provoque une vague de mèmes qui éclipse en partie le discours officiel de la marque.
Un rugissement artificiel pour remplacer le V12
Pour aller dans le sens des critiques, une surprise technique accompagne ce virage électrique. En l’absence de moteur thermique, Ferrari a développé un « système d’amplification externe » capable de reproduire le rugissement caractéristique d’un bolide en accélération.
De cette manière, le conducteur peut projeter ce son artificiel à l’intérieur comme à l’extérieur. Ce subterfuge sonore vise à préserver une part de l’émotion mécanique chère aux clients. Néanmoins, il souligne aussi toute la difficulté à concilier héritage sensoriel et impératif de silence électrique.
Pourquoi le patron de Ferrari a-t-il choisi le designer de l’Apple Watch ?
Dès 2021, le président John Elkann signait avec la société LoveFrom, fondée par Jony Ive en 2019. En effet, il considère la montre connectée comme la plus brillante réinvention numérique d’un objet analogique. Par ailleurs, Ive décrivait ce produit comme un prolongement évident de l’iPhone, rendant la technologie plus personnelle.
LoveFrom a depuis travaillé pour Airbnb, Christie’s, OpenAI ou la famille royale britannique. L’accord inclut aussi Exor, premier actionnaire de Ferrari contrôlé par la famille Agnelli, qui détient des parts dans Stellantis, Christian Louboutin et la Juventus.
Un pari électrique à contre-courant de l’industrie automobile
En 2024, Ferrari a inauguré une usine de 230 millions de dollars en Italie pour assembler la Ferrari Luce, alors que les concurrents freinent. En effet, Ford, GM, Honda et Volvo réduisent leurs ambitions électriques face à la chute de la demande.
Lamborghini a annulé son premier modèle électrique, la Lanzador, et Porsche dotera son SUV K1 de moteurs hybrides. McLaren refuse même d’envisager l’électrique à court terme. Dès lors, la firme au cheval cabré joue une partition solitaire, misant sur l’exclusivité plutôt que sur le volume.
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