Rangez la cape et les batarangs, Clayface nous montre Gotham autrement. Le film plonge dans les quartiers miteux de la ville, loin des toits hantés par Batman. Le réalisateur James Watkins assume ce choix : « Vous êtes dans une ville appelée Gotham, donc vous ressentez forcément l’ombre de la chauve-souris. »
Mais nul besoin du Chevalier Noir pour raconter comme la ville se comporte. Gotham est corrompue, avec ses gangs et son système judiciaire qui broie les citoyens. Or, les habitants ne quittent pas la ville. Voici pourquoi.
Clayface fait de Gotham le vrai personnage, sans Batman.
- Expressionnisme allemand, contraste avec Coast City et scène de basket : la ville est incarnée, pas décorative.
- Les habitants et Matt Hagen donnent chair à une cité corrompue mais vivable, malgré une critique mitigée (59/100).
- Verdict : pari imparfait mais audacieux, qui prouve que Gotham peut porter seule une histoire.
Clayface : quand Gotham devient le personnage principal (même sans Batman)
Pendant près de quatre-vingt-dix ans, Gotham City a existé par et pour Batman. Elle était son terrain de jeu, son fardeau, son reflet. Puis Clayface est arrivé. Le film de James Watkins, sorti le 23 octobre 2026, pose une question simple et vertigineuse : et si la ville pouvait tenir debout toute seule ? Sans justicier masqué, sans chauve-souris dans le ciel, sans Batman. La réponse est un oui éclatant, porté par un travail de worldbuilding d’une précision rare, et par un acteur — Tom Rhys Harries — qui donne à Matt Hagen une chair, une voix et une tragédie. Clayface Gotham n’est pas un décor : c’est une héroïne noire, vibrante et profondément humaine.
Deux villes, deux langages visuels : l’opposition Coast City / Gotham
James Watkins ne s’est pas contenté de filmer Gotham comme un décor sombre. Il a construit un véritable langage visuel pour chaque cité, et le contraste est saisissant.
Coast City, la lumière de l’espoir
Coast City, où Matt Hagen a bâti sa vie de star de cinéma, est « ensoleillée et marine », avec des « verts verdoyants » et des « tons pastel ». Pour Watkins, c’est « l’espoir, d’une certaine manière ». La lumière y est littérale, presque naïve — le rappel d’un monde où l’on peut encore croire à quelque chose.
Gotham, la ville qui écrase
Gotham, à l’inverse, est « écrasante et corrompue ». La Lady Justice qui surplombe les tribunaux est couverte de fientes d’oiseaux ; les ordures ne sont jamais ramassées. Avec le chef décorateur James Price (oscarisé pour Poor Things), Watkins s’est tourné vers le cinéma expressionniste allemand des années 1930, où « les bâtiments, les canyons, surplombent » les individus et les écrasent. Tom Rhys Harries parle d’un Gotham « vibrant, sombre et gothique » — trois adjectifs qui disent tout de l’équilibre que le film cherche entre le grotesque et le familier.
Ce que Gotham dit de ses habitants : les déclarations de l’équipe
La grande réussite de Clayface est de ne jamais oublier que Gotham est peuplée. Le film ne montre pas seulement des flics, des procureurs et des justiciers : il montre des acteurs, des scientifiques, des gens ordinaires qui ont choisi — ou subi — cette ville.
Jim Lee : pourquoi rester à Gotham ?
Jim Lee, Publisher et CCO de DC Comics, a regardé le film avec une question en tête : « Pourquoi les gens veulent-ils vivre ici ? ». Le quartier d’origine de Matt, The Narrows, n’a « rien de charmant ». Mais le film explore la vie quotidienne de la cité, et pas seulement ses super-héros ou ses criminels. « Il doit y avoir des facteurs rédempteurs. Ce doit être une ville où l’on peut vivre. Sinon, à quoi bon ? ».
Maxwell Lord : le regard de Metropolis
Sean Gunn, qui incarne Maxwell Lord dans le DCU, pose un regard extérieur. Il connaît mieux Metropolis que Gotham, estime que Gotham a besoin d’un « nettoyage existentiel », et balaie d’un rire gêné la criminalité en col blanc de sa propre ville. Ce décalage est précieux : il rappelle que Gotham, aussi sombre soit-elle, n’est pas le seul endroit où le mal prospère — juste l’endroit où il est le plus visible.
Une scène de basket au soleil : Gotham humanisée
Et puis il y a cette scène, rare, presque incongru : Matt Hagen jouant au basket en extérieur dans The Narrows, sous un soleil littéral. Tom Rhys Harries a grandi à Cardiff, où le basket est peu pratiqué ; il a surtout joué « la confiance et le plaisir ». Cette séquence, glissée dans un film de body horror, humanise profondément Gotham. Elle rappelle que la ville n’est pas uniquement un cloaque gothique : c’est un endroit où des gens jouent, rient, et essaient de vivre.
Ce que la critique retient : une réception mitigée mais fascinante
Clayface n’est pas le triomphe unanime que certains espéraient. Sur Metacritic, le film affiche 59/100 sur 24 critiques ; sur Rotten Tomatoes, il tourne autour de 73–77 % d’avis positifs. The Hollywood Reporter parle d’une réception « globalement positive », avec des détracteurs qui reprochent au film d’être un thriller de vengeance « prévisible » qui n’utilise pas assez Gotham. USA Today évoque un « messy DC miss », tandis que The Telegraph salue un body horror « stylé et estomac-retournant ».
Ce contraste est cohérent avec le pari du film. Clayface est un body horror R-rated centré sur un villain de second rang, sans Batman, avec un budget modeste (40 millions de dollars). C’est une proposition clivante — et le fait qu’elle divise est peut-être la meilleure preuve de son ambition.
Verdict : Gotham peut porter seule une histoire
Clayface n’est peut-être pas le film DC le plus consensuel. Mais c’est celui qui donne enfin à Gotham la place qu’elle méritait : au centre. Grâce à un travail visuel inspiré de l’expressionnisme allemand, à une opposition forte avec Coast City et Metropolis, et à une galerie de personnages qui peuplent la ville plutôt que de simplement la traverser, le film prouve que Gotham peut exister sans Batman. Elle a ses propres histoires, ses propres tragédies, ses propres monstres. Et Tom Rhys Harries, dans le rôle de Matt Hagen, lui donne un visage — un visage qui se déforme, se brise et se reconstruit, mais un visage humain. Clayface est un pari audacieux, imparfait, parfois frustrant, mais profondément attachant. Gotham n’a jamais été aussi vivante.
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