Accusé d’avoir utilisé de l’art généré par intelligence artificielle dans son très attendu Crimson Desert, le studio Pearl Abyss sort enfin du silence.
Dans un communiqué officiel, les développeurs assurent que « tous les actifs visuels ont été créés par des artistes humains », tout en reconnaissant avoir utilisé des outils d’IA pour « accélérer certains processus techniques non créatifs ». Cependant, cette clarification ne contente pas tout le monde. Voici ce qu’il en est.
Des peintures bizarres, des chevaux qui fondent et une polémique qui explose
Crimson Desert a été l’un des lancements les plus attendus de l’année. Le jeu de Pearl Abyss, développé pendant six à sept ans, a écoulé deux millions d’exemplaires en une seule journée. Sur Steam, il affiche 75 % d’avis positifs. Sur OpenCritic, une note joueur de 90. Tout semblait aller pour le mieux dans le meilleur des mondes médiévaux. Jusqu’à ce que les joueurs commencent à regarder les tableaux accrochés aux murs.
Et là, surprise ce sont des chevaux qui semblent fusionner avec leurs cavaliers. Puis, il y a des personnages fourrant de la paille dans une étrange créature à quatre pattes arborant une expression douloureuse. Des détails qui clochent, qui dérangent, qui sentent bon l’intelligence artificielle générative. Les accusations ont fusé à peine quelques jours après la sortie du jeu le 19 mars 2026. Pearl Abyss n’a pas attendu pour répondre.
Des placeholders qui auraient dû rester des placeholders
Dans un long message publié sur Twitter, le studio a reconnu les faits. Oui, des outils d’IA générative ont été utilisés pour créer certains éléments visuels 2D. Non, ces assets n’étaient pas destinés à se retrouver dans la version finale. « Ce n’est pas conforme à nos standards internes, et nous en assumons l’entière responsabilité« , écrivent les développeurs. Traduction : quelqu’un, quelque part, a oublié de remplacer des images provisoires par du vrai travail humain.
Le studio présente ses excuses, surtout pour ne pas avoir été transparent sur l’utilisation de ces outils. « Bien que ces outils aient été principalement utilisés en début de production, avec l’attente que ces assets seraient remplacés avant la sortie, nous reconnaissons que cela n’excuse pas le manque de transparence. » Une déclaration qui ressemble à s’y méprendre à celle d’un autre studio, quelques mois plus tôt.
Un problème récurrent dans l’industrie
Crimson Desert n’est pas le premier jeu à se faire épingler pour ce genre d’impair. En juin 2025, 11 Bit Studios avait connu une mésaventure presque identique avec The Alters, son jeu de survie narratif. Une image de placeholder générée par IA était restée dans le produit final. Le studio avait également reconnu avoir utilisé l’IA pour traduire des films étrangers, livrés trop tard par une troupe de comédiens pour être traduits autrement sans repousser la date de lancement.
Deux cas, deux excuses, un même motif : des outils utilisés en phase de prototypage qui finissent par se retrouver sous les yeux des joueurs par inadvertance. Mais derrière ces « accidents » se cache un débat bien plus profond qui agite l’industrie du jeu vidéo.
Pourquoi l’IA divise-t-elle autant les joueurs ?
Pour une partie des gamers, toute utilisation d’IA générative est rédhibitoire. Les arguments ne manquent pas : cela bride la créativité en supprimant la touche humaine. Cela vole le travail d’artistes talentueux. Cela normalise une forme de production qui privilégie la quantité à la qualité. Dans un secteur où les développeurs croulent déjà sous les crunchs et les pressions, voir des machines remplacer des humains fait grincer des dents.
D’autres adoptent un regard plus nuancé. Utilisée avec modération, l’IA peut être un outil précieux pour automatiser des tâches ingrates, libérant du temps pour les équipes créatives. Elle permet aux petits studios de produire des jeux qu’ils n’auraient jamais pu financer autrement. Dans les deux cas, une chose est sûre : l’IA est déjà partout.
Un phénomène de masse sur Steam
Un rapport couvrant le premier semestre 2025 a révélé qu’un jeu sur cinq sortis sur Steam utilisait l’IA générative dans son processus de développement. Un jeu sur cinq. Le chiffre donne le vertige et montre à quel point la technologie s’est imposée en silence. Pearl Abyss promet aujourd’hui un audit complet de Crimson Desert pour identifier tous les assets concernés, et les remplacer via des correctifs. L’opération transparence est en marche.
Reste à savoir si les joueurs lui pardonneront ce qu’ils considèrent comme une entorse aux règles de l’artisanat vidéoludique. En attendant, les développeurs de Crimson Desert apprennent à leurs dépens une leçon simple : quand on utilise l’IA, mieux vaut ne pas oublier de faire le ménage avant la livraison. Et surtout, le dire.
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