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[Dossier] Art connecté : la révolution créative 2.0

En quoi l’IoT peut-il avoir un impact sur la création artistique ? Par le passé, la technologie et l’art vivaient le plus souvent dans des mondes séparés mais à l’heure du phénomène massif et global qu’est internet, les choses ont changé. 

Alors que notre monde est en train de se transformer en profondeur grâce aux objets connectés, comment les artistes mettent ils à profit l’innovation et en quoi internet modifie t’il  l’art ?

Si ces dernières années, le web a radicalement chamboulé l’industrie du disque en redistribuant les cartes au niveau économique, il a également permis l’émergence de nouvelles façons de faire de la musique et la mise au point de nouveaux instruments. Aujourd’hui, ce sont tous les secteurs de l’art et de la culture qui passent par le filtre numérique pour se réinventer. Si certains artistes continuent à défendre une vision traditionnelle de leur activité, d’autres se sont engouffrés dans la brèche et explorent des territoires encore vierges. Plus que jamais, le futur est en marche.

Les pirates du Net Art

Parce qu’il est par essence multimédia, internet facilite naturellement la circulation entre les disciplines artistiques. Mais également leur diffusion. Au 21ème siècle, les artistes ont compris que le web était à la fois un médium riche en potentialités multiples et un média absolument incontournable. Et que créer sur le web permettait aussi de diffuser facilement et efficacement son travail. Ainsi, un très grand nombre de collectifs et d’initiatives artistiques ont vu le jour à travers le monde ces dernières années, chacun redéfinissant à sa façon son message grâce au web.

Parmi les créations les plus significatives, le collectif Pavu, héritier du dadaïsme, parodie la logique des sociétés d’audit tandis que le collectif européen Etoy a lancé une guerre de l’information sur le terrain de l’e-business en s’appropriant des noms de domaine pour en faire des oeuvres d’art. Générées grâce à internet, ces initiatives artistiques sont également diffusées sur la toile. Le médium et le média se confondent. Par le biais d’une nouvelle forme de situationnisme, les artistes du net art arrivent à proposer des oeuvres d’une originalité devenue inexistante dans les galeries et les musées.

 

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L’auditeur, ce nouveau musicien

Initiée par l’agence d’architectes et de designers Monad Studio, le projet Abyecto est une installation interactive connectée qui propose une nouvelle approche de la  musique au travers d’une performance proche de l’art contemporain. Composé d’une guitare et d’un mur d’enceintes imprimés en 3D, Abyecto efface la frontière qui existe depuis toujours entre le musicien et l’auditeur :  le public peut, en se déplaçant, modifier toute une gamme de sons pré-enregistrés sur ordinateur et recréer ainsi la musique jouée en live.

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Dans un registre légèrement différent, le designer et scénographe français Romain Tardy a mis au point une installation étonnante. OX propose en effet aux musiciens et DJ’s une expérience sensitive qui traduit les émotions de la musique en jeux de lumière et en animations cinétiques. Matérialisée par un écran de LED, l’expérience OX est tout simplement magnifique.

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L’impression 3D réinvente la sculpture

Si l’on peut tout imprimer en 3D aujourd’hui, on peut également imprimer de l’art. Et la sculpture ne pouvait ignorer très longtemps l’impression 3D qui lui permet d’explorer des pistes totalement nouvelles. Originaire de Belgrade, le sculpteur et designer Milos Tutus spécialisé dans la modélisation 3D et l’art digital commentait ainsi son travail :

« À l’aide d’équipements comme mon écran interactif Wacom, je peux adapter les techniques de sculptures traditionnelles au monde du digital. C’est de cette manière que je modélise en 3D, que je dessine et que je prépare mes fichiers pour l’impression. Pour chaque nouveau projet, mon approche est basée sur la créativité, l’analyse visuelle mais surtout sur la perfection technique du résultat. »

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Tout récemment, c’est l’artiste franco-libanaise Léa Maleh qui, par le biais d’une initiative originale, a démontré à quel point la technologie redéfinissait entièrement sa discipline. Sa sculpture « Alpha et Oméga » est passée sous le marteau des commissaires priseurs de la maison de vente Blancs-Manteaux Auction. Constituée d’une clé USB, l’oeuvre était vendue dans un écrin en corian, accompagnée d’un contrat de cession de droits.  L’acheteur n’est pas reparti avec l’imposante sculpture de 2 mètres sur 4 mais avec des fichiers numériques permettant son impression en 3D.

Alpha et Oméga, capture d'écran du contenu de la clé USB
Alpha et Oméga, capture d’écran du contenu de la clé USB

La possibilité et le droit pour l’acquéreur de matérialiser par lui même l’oeuvre change radicalement la donne.  Il se retrouve dans la peau de l’artiste avec le pouvoir décisionnaire de donner vie ou non à l’oeuvre. Il peut endosser le costume de conservateur et décider de la garder en l’état, numérisée dans sa clé USB. Il peut également choisir de ne la fabriquer qu’en un seul exemplaire puis de détruire les fichiers source, donnant ainsi naissance à une oeuvre originale et unique, soumise à la cotation du marché de l’art. Enfin, il peut décider de la reproduire à l’infini, la transformant ainsi en un objet de grande consommation. La démarche de Léa Maleh a pour but de transformer le spectateur passif en véritable acteur de l’art. Chose qui était impensable il y a encore quelques années.

Révolutions numériques

Dans le domaine des arts plastiques, le champ des possibles se trouve également fortement élargi par internet. L’utilisation d’outils 2.0 et la numérisation engendrent inévitablement un processus de création entièrement neuf où les techniques de sampling graphique, copiées sur celles de la musique électronique, permettent aux créateurs de faire vibrer encore plus la corde de leur inspiration. Une démarche que le plasticien Cyril Anguelidis a été un des premiers à adopter en France. Mais le changement est bien plus profond encore. L’oeuvre numérique, affranchie des contraintes physiques, est transformable à l’infini. L’artiste peut décider de la modifier quand il le souhaite, de la faire évoluer avec le temps, de la complexifier, de la simplifier, d’en changer les couleurs ou les formes… On parle clairement ici d’une véritable révolution dans les processus de création et dans la vie même de l’oeuvre. Pas d’un simple effet de mode.

Une création numérique de Cyril Anguelidis
Une création numérique de Cyril Anguelidis

Cette nouvelle donne est en train d’accoucher d’une pratique artistique rénovée dont l’épicentre est désormais le virtuel. La virtualisation du monde a enclenché par contagion une virtualisation de l’art Depuis quelques années, une nouvelle génération d’artistes numériques – musiciens, peintres, graphistes, sculpteurs – est bien décidée à se servir pleinement des possibilités qu’offre la technologie. Si pour l’instant leur reconnaissance reste confidentielle et leurs terrains de jeux confinés à quelques lieux dédiés tels que le Cube ou à la Gaîté Lyrique à Paris, gageons que l’avenir leur appartient et qu’ils sont les premiers explorateurs d’un art qui sera devenu dans l’avenir définitivement 2.0.

 

 

 

 

 

 

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